The Premonition

Dans un livre qui parait ces jours-ci Michael Lewis, un journaliste, dresse un portrait au vitriol du CDC, le Center for Disease Control and Prevention, autrement dit la source des politiques sanitaires du pays.

D’après lui, une petite équipe de médecins s’est vite rendu compte de la contagiosité du covid mais s’est heurtée à la mauvaise volonté des responsables qui ont d’abord nié le problème. Quand des centaines d’Américains ont été rapatriés en janvier et février 2020, le directeur du CDC Robert Redfield a refusé qu’ils soient testés au motif que cela revenait à faire de la recherche médicale sur des prisonniers.

L’auteur constate que la politisation des postes dans l’administration a conduit depuis longtemps à sélectionner des gens qui se préoccupent avant tout d’ouvrir le parapluie et se gardent de prendre des décisions nécessaires mais qui comportent des risques pour leur carrière. Comme si le système punissait le courage et institutionnalisait la lâcheté.

Quand la pandémie s’est répandue à grande vitesse dans les grandes villes le CDC a décrété qu’il était trop tard pour faire quelque chose. L’absence de système de santé publique s’est conjuguée à l’absence de volonté politique. Dans la tradition décentralisée, chaque état a pris des mesures en fonction de sa couleur politique, sans aucune coordination, et avec parfois des conflits entre les gouverneurs et les maires des villes.

En revanche quand l’état fédéral a mis tout son poids derrière la production et la distribution de vaccins les résultats n’ont pas trainé. Michael Lewis pense que nous avons besoin de ces médecins héroïques qui, en essayant de freiner la pandémie, voulaient nous sauver de nous-mêmes. Problème, je ne connais pas beaucoup de gens qui ont envie qu’on les sauve d’eux-mêmes.

Nouvelles du front

On a eu notre première dose de vaccin. Depuis plusieurs semaines les lieux disponibles se sont multipliés, ainsi que les numéros et les sites pour prendre rendez-vous, mais jusqu’à présent nous n’en avions pas obtenu. Maintenant ils ont baissé l’âge limite et on est bons. On nous l’a administré dans un supermarché qui a une pharmacie incorporée. C’est gratuit et on vous invite à vous enregistrer sur le site du CDC pour un suivi au cas où des effets indésirables surviendraient. Je me sens très bien merci. Nonobstant les questions qu’on peut se poser je dois dire que les Américains savent être efficaces – quand ils veulent, et quand ils ne se laissent pas entrainer par leurs mauvais démons.

Et on est tout contents parce qu’il a plu aujourdhui. On espère juste que ce n’est pas la dernière pluie avant l’automne.

Winter storm

Pour tous ceux qui se demandent si on a eu la neige, la réponse est non. Contrairement au Texas, qui fait la une des régions sinistrées par les tempêtes de neige, nous n’avons eu droit qu’à quelques nuages, et encore.

Le Texas attire l’attention car il n’est pas habitué à des conditions extrêmes en hiver. Depuis quelques jours les perturbations ont été si violentes que 500 000 personnes sont encore sans électricité, beaucoup n’ont pas d’eau non plus et les chaines d’approvisionnement sont rompues, car l’état des routes empêche les camions de circuler normalement.

Pour ajouter de la médiocrité à la dévastation, le gouverneur Greg Abbott a déclaré que les coupures de courant catastrophiques étaient dues aux énergie renouvelable qui constituent 10% du réseau électrique du Texas, dont on sait qu’il affectionne les énergies fossiles, pétrole et gaz naturel. En réalité toutes les centrales électriques se sont montrées incapables de faire face à l’augmentation soudaine de la demande. Les éoliennes, mais aussi les puits d’exploitation de gaz, et les pipelines ont gelé alors que le réseau était davantage sollicité.

Tout cela vient du fait que le système est conçu pour des pics de demande en été, pas en hiver. Et puis, le Texas ne partage pas l’électricité avec ses voisins pour éviter les taxes fédérales. L’état recommende aux centrales de se préparer à des épisodes météorologiques exceptionnels, mais ne rend pas ces mesures coûteuses obligatoire, car c’est contre sa philosophie de trop contraindre les entreprises.

Au milieu de la panique, des volontaires se sont démenés pour sauver des milliers de tortues de mer, qui deviennent paralysées et risquent de mourir quand l’eau est trop froide. Chez nous les canards sont contents.

Ce n’est pas un lac, mais l’arrosage de certains terrains à Chandler. On inonde et on l’eau s’infiltre.

Acquittement

Scoop: Donald J Trump a été acquitté par 57 contre 43 voix!

Il convient tout de même d’admirer les commentaires de Mitch McConnell, le chef des Républicains au Sénat, après avoir voté contre la destitution. Il a affirmé que tous les arguments de l’accusation étaient valables, et que l’ancien président est entièrement responsable de l’attaque du 6 janvier, Pendant que les manifestants demandaient la tête de son vice-président, Mike Pence, il s’est contenté de regarder les événements à la télévision avec une satisfaction non dissimulée (happily).

Mais le bon Mitch McConnell estime que ce procès n’était pas conforme à la Constitution. Le Sénat n’a pas vocation à servir d’instance morale surplombant la nation (overarching moral tribunal). Trump est donc libre de se représenter pour un nouveau mandat.

Ce qui pose des questions intéressantes: qu’est-ce qui fonde une morale et que vaut-elle face à la fidélité au groupe? La réponse à la deuxième est Rien. Sauf pour les 7 Républicains qui ont voté pour la destitution, qui ont mis l’idée qu’ils se font de leur pays devant leur intérêt politique immédiat.

Le point sur le procès

Si quelqu’un comptait sur moi pour se tenir au courant des derniers développements de la politique américaine, et en particulier du deuxième procès en destitution de Donald Trump, il a dû être déçu.

J’ai du mal à commenter car la situation induit en moi une sorte de déprime. Les événements se déroulent inexorablement dans ce qui me parait la confusion d’un grand nombre de valeurs, sans lesquelles les discours tournent à vide. Je n’ai pas envie de rajouter du vide au vide.

Le procès en est l’exacte illustration. L’accusation a exposé avec une rigueur remarquable non seulement la journée du 6 janvier, mais aussi la campagne menée depuis les mois précédents l’élection pour préparer l’opinion à l’alternative suivante: Trump devait gagner l’élection ou l’élection était truquée. Sur tous les media disponibles, c’était un mantra répété quotidiennement, et il faut croire que la répétition est un outil formidable car apparemment 70% des Républicains croient qu’il a gagné.

Les avocats de la défense ont fait ce qu’ils devaient faire. Ce procès est une vengeance des Démocrates contre les Républicains, ils détestent Trump depuis le début, il n’a rien dit qui ait pu faire croire à ses partisans qu’il les incitait à la violence. D’ailleurs ses discours affirmaient constamment que leur parti est celui de « Law and order ».

Ils ont raison. Il dit juste ce qu’il fallait pour se réclamer de la loi et l’ordre, discours mécanique et vide de substance, et tout ce qu’il fallait pour faire comprendre à la foule que c’était à eux de jouer (pour sauver l’Amérique). Une réflexion pertinente à mon avis, entendue pendant le procès: la preuve que le message était clair était que les manifestants qui se ruaient sur le Capitole ne se cachaient pas et mettaient fièrement des videos sur les réseaux sociaux pour montrer ce qu’ils faisaient (implicitement cette position montre qu’ils prennent les manifestants pour des imbéciles, puisque ceux-ci n’ont pas du tout compris ce que Trump leur disait). En suivant les consignes de Trump, c’est à dire en passant à l’attaque, ils étaient convaincus de promouvoir « la loi et l’ordre », ceux de leur chef. C’est le constat actuel. Il n’y a plus consensus sur une loi et des valeurs communes.

Aujourd’hui le Sénat a voté pour entendre des témoins, ce qui va sans doute prolonger le rpocès un peu plus longtemos que prévu, mais tout le monde s’attend à ce que la majorité des Républicains votent contre la destitution. *Changement 3 heures plus tard: pas de témoins appelés, juste enregistrement de déclarations passés devant l’audience.

Une victoire pour Trump, mais cela augure mal de la suite pour le pays si le message est qu’un président suffisamment retors ne sera jamais tenu responsable de rien, du moment qu’il manipule l’opinion et joue sur les mots indéfiniment par l’intermédiaire d’avocats rompus à l’exercice. Il est bon de remarquer aussi que celui-ci ne s’embarrasse jamais de raisonnement et communique uniquement sur un registre affectif. Il laisse la défense argumentée à d’autres, ce qui fait de lui le chéri de millions de personnes qui préfèrent penser par slogan. Un des derniers entendus: si je me revendique comme chrétienne cela signifie que j’adhère à une théorie complotiste. Les Chrétiens adorent se percevoir comme martyrs.

Intempéries

Depuis plusieurs jours les nuages et la pluie balayent le ciel de l’Arizona pour notre plus grand bonheur.

Plus au nord c’est la neige qui tombe et une coulée de boue a emporté la route près de Big Sur en Californie, en bordure du Pacifique. Malheureusement c’est un peu la suite logique des sécheresses à répétition et des incendies qui ravagent l’ouest américain pendant l’été.

National Rifle Association

La NRA a des ennuis, Une juge de New York, où elle a son quartier général, a engagé contre ses dirigeants des poursuites pour avoir utilisé des fonds pour leurs dépenses personnelles, et a demandé sa dissolution en août.

Son président, Wayne LaPierre, a contré en déplaçant l’organisation au Texas, où elle vient de faire une déclaration de faillite. Mais si on en croit LaPierre, c’est pour échapper à la corruption politique qui règne à New York que la NRA a changé d’état, alors que sa situation financière est florissante.

Les poursuites lui ont déjà coûté $100 millions. Elle compte bien poursuivre sa défense du 2e Amendement, le droit constitutionnel de porter des armes si précieux aux yeux des Américains. Théoriquement la décalaration de faillite met fin aux poursuites en cours, et la NRA a aussi demandé le dépaysement de l’affaire mais la procureure générale Letitia James de New York entend demander une exemption, bien décidée à ne pas laisser la NRA louvoyer pour échapper à ses responsabilités.

Retour à Fossil Creek

Il y a onze ans nous avions été voir Fossil Creek, une rivière qui après un siècle d’exploitation hydraulique avait été restaurée dans son état naturel grâce à la démolition du barrage qui retenait ses eaux. C’est toujours un enchantement de voir l’eau bondir et bouillonner autour des rochers, et les bassins d’un bleu vert transparent qui ponctuent les rapides.

Bilan provisoire

Trump a cherché à se maintenir au pouvoir après avoir perdu largement une élection.

D’abord en propageant un énorme mensonge selon lequel les media, les politiques et les tribunaux étaient en collusion pour « voler » l’élection. Il est d’ailleurs intéressant que derrière cette affirmation se profilait l’idée qu’«ils » voulaient s’emparer du pouvoir – ce qu’il mettait tout en œuvre pour faire, avec l’habileté d’un démagogue passé maitre dans l’art de faire croire aux gens simples qu’il est l’un d’eux.

Hormis les nombreux tweets et les vidéos destinées à répandre l’impression que la fraude avait été massive, il a mis la pression sur les officiels chargés de gérer l’élection, allant jusqu’à sommer le gouverneur de Géorgie de « trouver » les votes manquant. Puis, devant l’échec de ses manœuvres, il a excité une foule de supporteurs et les a encouragés à marcher sur le Capitole pour intimider le Congres qui était en train de valider l’élection du nouveau président. Pendant le saccage du bâtiment, il est apparemment resté silencieux pendant que la police mettait les députés à l’abri.

Cette tentative de passer outre les principes de l’état de droit et son mépris pour la Constitution peuvent être qualifies de trahison, pour laquelle il doit être puni.

Les premiers à réagir ont été les réseaux sociaux, Twitter et Facebook bloquant les comptes du président, mais ce genre de mesure est à double tranchant. Une telle décision prise a chaud parait arbitraire, puisqu’ils n’ont rien fait avant, et peut être interprétée comme une façon pour les dirigeant de ces entreprises de se mettre bien avec l’administration à venir. Et le pouvoir d’entités non élues de bloquer l’expression de quelqu’un n’est pas très compatible avec une démocratie ouverte. Rien n’empêcherait les même entreprises de faire taire les opposants de l’autre bord dans une nouvelle configuration.

Constitutionnellement un président ne peut être destitué une fois qu’il a quitté son poste, ce qui pourrait mettre fin a la procédure mise en route par le Congres cette semaine. Il reviendra peut-être à la Cour Supreme de décider le droit, car si c’était vraiment le cas un président « canard boiteux », désavoué par les électeurs, pourrait commettre n’importe quel acte entre le 3 novembre et le 20 janvier sans craindre aucune sanction.

Reste à savoir quelle voie va suivre le Senat, où il faudrait que 17 Républicains se retournent contre leur propre parti pour que la destitution soit actée, ce qui n’est pas gagné, bien qu’ils soient sans doute nombreux à désapprouver les actions de Trump, et que plusieurs sont menacés par ses partisans pour ne pas l’avoir soutenu plus franchement.

Car après quatre ans de règne par la terreur, ils ont fait dans l’ensemble profil bas depuis novembre, évitant de dénoncer les agissements anti-démocratiques de Trump, pour ne pas mécontenter leur base. À la chambre des représentants 10 Républicains ont voté pour la destitution. Il faut espérer que le mouvement enclenché permettra au parti de se défaire de l’emprise d’un leader qui les a conduits à abandonner bon nombre de leurs valeurs.

Pour ceux qui invoquent la nécessité d’unifier le pays, et critiquent la procédure de destitution comme une manœuvre politicienne qui va approfondir les divisions, il serait bon qu’ils se souviennent que Trump a bâti sa présidence sur le clivage entre ses partisans et les autres, et a tout fait pour durcir les positions. Encore une fois, ils accusent l’autre parti de faire ce qu’ils font sans vergogne.

Destituer, pas destituer?

Ce soir le Congrès vote sur une proposition de desttitution fondée sur le 25e Amendement, que Pence ne suivra pas, « pour ne pas diviser davantage le pays ». Les Démocrates envisagent d’entreprendre une nouvelle procédure de destitution, mais ce n’est pas idéal pour le nouveau président qui préfèrerait s’atteler aux nombreux problèmes qui assaillent le pays. À commencer par les 40 ou 60 millions d’électeurs qui pensent toujours que Trump a gagné. Ses dernières déclarations, ainsi que celles de sa femme, « condamnent » la violence mais les présentent surtout comme des victimes. Et ça marche. Un journaliste a remarqué que c’est la première fois que les États-Unis sont face à un culte de la personnalité. On ne sait pas ce qu’il pourrait dire ou faire pour qu’ils changent d’avis. Même s’il faisait appel à l’armée (dont les dirigeants ont fait savoir qu’ils défendaient la constitution) pour rester au pouvoir, ses partisans trouveraient qu’il a raison. Vu le peu d’enthousiasme des députés républicains pour tenir tête à Trump, un autre journaliste se demandait si les Républicains n’aimeraient pas finalement se passer d’élections. Malgré un système qui les favorise structurellement, ils perdent régulièrement le vote populaire depuis 20 ans. Une autre question est de savoir si Trump peut se grâcier lui-même, ainsi que tous les émeutiers qui en ce moment sont mis en examen, car le ministère de la justice passe au peigne fin toutes les vidéos pour les identifier et les poursuivre. Ce serait une preuve finale et éclatante du cynisme absolu qui caractérise ce président. Et la vieille idée que l’on doit assumer les conséquences de ses actes passerait à la trappe.