Bilan

Hier la confusion était grande. On savait que ce qui se passait était grave, mais les reporters n’avaient qu’une vision partielle des événements. Aujourd’hui, l’image qui reste est celle d’une grande violence, d’un saccage des bureaux au coeur de l’exercice de la démocratie américaine, même s’il n’y a pas eu de fusillade comme c’est si souvent la cas dans ce pays. Quatre personnes sont mortes et 56 policiers blessés.

Restent les questions innombrables qui se posent, et d’abord qu’est-ce que cela signifie pour la démocratie aux USA, et compte tenu de son rôle symbolique dans le monde, pour la démocratie en général? Comment se fait-il que les forces de l’ordre se soient trouvées débordées de cette manière? La police du Capitole, qui compte plus de 2000 policiers, apparemment ne s’attendaient pas à des actions violentes, alors que les groupes qui contestent l’élection n’ont pas la réputation d’être des enfants de choeur, et que certains tweets les avaient encouragés à manifester. Et cette estimation ne vient que d’informations largement répandues. J’imagine que le FBI devait avoir des renseignements autrement plus riches sur ce qui se préparait.

Ce dernier est à fond dans l’enquête sur ce qui est décrit généralement comme du terrorisme domestique. Les personnes identifiées sur les vidéos qui circulent sont recherchées et les mises en examen ont commencé.

Quant à qui porte la responsabilité de cette attaque, sans surprise un parti accuse Trump et l’autre rejette l’idée. Nancy Pelosi a annoncé vouloir entamer une procédure de destitution si le vice-président, Pence, refuse de déclarer Trump inapte à gouverner comme le 25e Amendement lui en donne le droit. Certains responsables républicains y sont favorables. Mais cet amendement est conçu pour un transfert de pouvoir au cas où le président était gravement malade, et n’a jamais été utilisé pour l’obliger à quitter le pouvoir.

Attaque du Capitole

Les représentants n’ont pas eu le temps de dire grand-chose, les partisans de Trump ont envahi le Capitole, forçant les deux assemblées qui étaient réunies pour certifier le résultat de l’élection à se disperser. Le maire de Washington vient d’instaurer un couvre-feu jusqu’à demain matin.

Dans leur tête ils sont les héritiers de la révolution de 1776, ils sont le peuple qui revendique (les armes à la main – mais il n’est pas clair qu’il y ait eu des affrontements armés) leurs droits de citoyens. Il ne faut pas leur demander par quel processus la nation est censée désigner son président et ses représentants en général. Tout ce qu’ils savent est qu’ils ne veulent pas des derniers résultats.

Donald Trump, qui n’en est pas à une contradiction près, avait twitté que cette journée allait être chaude. Aujourd’hui il s’est fendu d’un message pour appeler les manifestants à être calme, et leur rappeler qu’ils représentent le parti de la loi et de l’ordre.

Finalement les deux sièges du Sénat ont été remportés par les Démocrates.

À 19h30, il s’avère qu’une personne est morte par balle, et qu’en dépit du couvre-feu les militants continuent à circuler dans les rues de Washington sans être inquiétées, tandis que de nombreux policiers fédéraux, nationaux et municipaux sont déployés. La Garde Nationale est brièvement intervenue en début d’après-midi. Un grand contraste avec leur ntervention contre les manifestations de Black Lives Matter.

Les deux chambres se sont à nouveau réunies pour poursuivre la procédure de désignation du président. Quelques Républicains qui comptaient présenter de objections au comptage des Électeurs ont finalement renoncé devant l’énormité de ce qui s’est passé, rien moins qu’une tentative, à l’instigation d’un président, d’interrompre par la force le processus d’investiture de son successeur.

Rectification

Le Démocrate a gagné un des deux sièges de Géorgie, l’autre Démocrate est en tête, pas de beaucoup, mais il y a une chance qu’il gagne. 98% des bulletins ont été dépouillés.

Aujourd’hui le vice-président doit officiellement annoncer le gagnant de l’élection présidentielle. Un certain nombre de Républicains vont s’y opposer.

Entre covid et politique

L’Arizona se situe en tête des états les plus touchés par la recrudescence de l’épidémie, avec 1860 nouveaux cas par jour en moyenne cette semaine, 112 pour 100 000 habitants, +39% d’augmentation sur les deux dernières semaines. On arrive à 124,5 décès pour 100 000 habitants, et d’après mes informations les personnes âgées (pas moi, évidemment) qui fréquentent l’église paient un lourd tribut. Donc il y a ceux qui portent « religieusement » un masque – et le chef de choeur qui fait partie de ce groupe a décidé, à mon grand damn, de prendre sa retraite, et ceux qui considèrent faire de la résistance en ne le portant que quand ils y sont obligés. Ces derniers sont aussi ceux qui pensent qu’il faudrait instaurer la loi martiale pour que le « vrai » résultat de l’élection présidentielle soit enfin reconnu. Ils pensent aussi qu’il ne faut pas se faire tester pour le covid parce que cela apporte de l’eau au moulin de ceux qui saisissent toutes les occasions de faire grimper les chiffres. De nombreuses histoires circulent, comme un motard mort dans un accident comptabilisé comme victime du covid. Pourquoi pas? On ne comprend pas très bien comment ça marche, parce que dans cette optique il ne faudrait jamais croire aucun chiffre ni aucune étude concernant la santé, l’économie ou autre chose.

Aujourd’hui a eu lieu l’élection de deux sénateurs de Géorgie qui décidera de la majorité au Sénat. Malgré les attaques féroces de Trump contre les Républicains qui ont certifié le vote en faveur de Biden, créant un quasi schisme au sein du parti et semant la confusion chez les électeurs, il semble que les candidats républicains soient partis pour gagner. Ça ne va pas être simple pour Biden de gouverner. On espère que la paranoia ne va pas continuer à dominer le débat politique.

Persévérance

Fascinant. Quand il n’y en a plus, il y en a encore. C’est vrai de mon citronnier, qui produit tant que j’en ai rempli une boite que j’ai déposée sur le trottoir en annonçant « citrons gratuits » sur le site des voisins.

C’est vrai aussi de certains Républicains, qui ont déclaré qu’ils étaient des Grands Électeurs alternatifs, mieux à même de décider quels étaient les désirs véritables des électeurs de leur État dans le choix du prochain président. Un nouveau procès prétend que en présence de différentes listes de Grands Électeurs, la Constitution donne au vice-président Mike Pence le pouvoir de certifier ceux qu’il veut.

C’est assez tordu, et Mike Pence a fait savoir que la plainte devrait être adressée à la Chambre des Représentants et au Sénat, puisqu’il est question de savoir qui du vice-président ou des États a le pouvoir de choisir les Grands Électeurs. Mais jusqu’au bout ils continueront à dénoncer des fraudes « convaincantes » qu’ils n’ont réussi à prouver devant aucune cour de justice.

Même le Sénat pourtant conservateur a commencé à passer à autre chose, en ignorant le veto de Donald Trump sur la loi de Défense Nationale ce vendredi. Outre le budget alloué, elle prévoit de changer le nom de bases militaires qui se réfèrent (et honorent) des Confédérés.

Promenade de fin d’année

Dans un parc à Tempe on voit de loin un triangle blanc.
Qui se révèle être une pyramide. C’est la tombe du premier gouverneur d’Arizona, Il fut fasciné par les pyramides lors d’une visite en Égypte et choisit ce motif pour son mausolée.

De là on un a une vue plongeante sur Papago Park.

Pregnant People

À mon âge certaines choses ont du mal à passer. Le Massachusetts vient de libéraliser l’accès à l’avortement, contre la volonté du Gouverneur. La loi elle-même ne me dérange pas, mais le terme choisi par le.la journaliste pour parler des femmes enceintes me parait hautement ridicule. Apparemment il ne faut plus employer le mot « femme/woman » si on ne veut pas être taxé de vieux schnock rétrograde. Une amie m’a d’ailleurs signalé dans USA Today, un journal national, l’expression « people with ovaries » pour désigner les personnes suceptibles de donner naissance à un enfant, qui auraient dans l’ensemble décider de remettre à plus tard leur projet de grossesse. Réjouissez-vous les filles, on commence enfin à vous respecter dans le vocabulaire – zut, je me suis encore trompée. Trop vieille, je vous dis (avec ou sans ovaires). Au fait, quelle est l’expression correcte pour parler de, pardon, « fille »?

À la recherche de Reavis Ranch

Le massif des Superstition Mountains est parcouru de légendes et de routes très rustiques. Les légendes tournent autour des mines d’or et d’argent, et les routes traversent des terrains escarpés, rocailleux, hérissés de plantes pleines d’épines. Aussi curieux que cela puisse paraitre, il héberge des ranchs qui continuent à fonctionner. Ainsi on peut tomber sur une mare, alimentée par une éolienne. Les vaches errent dans ses paysages inhospitaliers pauvres en herbe fraiche, mais elles ont de l’eau.

Il y a tout un art de la clôture dans le désert. On voit que des gens y mettent leur coeur et leur savoir-faire. Un panneau annonce l’interdiction de tirer et un autre celle de camper à moins d’un quart de mile d’un point d’eau artificiel. Car outre les mineurs et les ranchers, la région voit beaucoup de campers et de véhicules tout terrain qui ne font peut-être pas bon ménage avec les éleveurs.

On n’est pas allé jusqu’à Reavis Ranch qui est au bout d’une route impraticable pour nous.

Enquête foirée

Le vote des grands électeurs est passé, la Cour Suprême a rejeté les demandes de poursuites contre la fraude électorale supposée, mais le sentiment de nombreux républicains n’a pas changé: leur candidat a gagné et un vaste complot est en place pour détruire les États-Unis d’Amérique.

Un fait divers est venu illustrer les dérives que ce mode de pensée entraine. Un ancien officier de police de Houston a été arrêté pour avoir agressé un homme qu’il pensait responsable d’une entreprise de fraude électorale dans le Harris County, au Texas, dénoncée par une organisation, Liberty Center For God and Country. Elle accuse Mark Zuckerberg d’avoir financé la fraude et prétend que de faux bulletins ont été fabriqués par des enfants hispaniques, parce que leurs empreintes digitales n’apparaitraient pas dans les fichiers.

Liberty Center For God and Country est dirigé par un militant républicain, Steve Hotze, et aurait payé le suspect, Mark Anthony Aguirre 266 400$ pour qu’il participe à des enquêtes pour contrer les fraudes massives engagées par le Démocrates. Aguirre et deux complices ont observé leur victime, un réparateur de climatiseurs, pendant plusieurs jours, convaincus qu’il transportait des bulletins de vote frauduleux dans sa camionnette. Aguirre a tenté d’obtenir le concours des Texas Rangers et du Département de la Sécurité Publique, sans succès, et a décidé de prendre l’affaire en main. Le 19 octobre il a provoqué une collision, mis l’homme à terre en le menaçant avec une arme pendant que ses accolytes partaient avec le véhicule pour le fouiller, mais il ne contenait que du matériel de climatisation. Aguirre risque 20 ans de prison.

Menaces

J’ai des amis qui s’inquiètent de voir leur pays menacé par le socialisme ou le communisme, les deux termes étant pour eux équivalents, synonymes de la fin des libertés et de la Constitution.

En revanche, ils ne semblent pas du tout troublés par un Tweet de Michael Flynn, éphémère premier conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, qui avait reconnu avoir menti au FBI, condamné, et qui a été gracié par le président le 25 novembre.

Moins d’une semaine après, il a publié son soutien à un groupe, « We the People », qui appelle à la proclamation d’une Loi Martiale limitée, qui suspendrait temporairement la Constitution et le contrôle des élections fédérales par les pouvoirs publics, afin que l’armée soit chargée de surveiller une nouvelle élection.

Ces gens considèrent que seule l’armée est à même de contrer la corruption généralisée du monde politique et judiciaire. Je n’invente rien.

Les chefs d’État-Major sont dévoués à la défense de l’État de droit en vertu d’une longue tradition, mais les officiers à la retraite sont libres de prendre les positions qu’ils veulent, et ils sont de plus en plus nombreux à ne pas hésiter à accuser leurs adversaires politiques de trahison. On ne sait pas jusqu’où la haine peut les pousser. Il semble que certains réflexes sont toujours prêts à ressurgir dans l’armée. J’ai du mal à croire que cela soit en train de se passer aux États-Unis.