Il y a un moment que je sens venir une guerre contre les femmes. Une petite phrase sur une radio locale m’a estomaquée. Ce n’est plus une atmosphère, un air du temps, c’est une attaque joyeuse et revendiquée. Il est temps de remettre les femmes à leur place, c’est-à-dire dans la soumission et l’acquiescement au désir et à la volonté des hommes, qui voudraient bien être convaincus de leur supériorité, mais ont de plus en plus de mal à la démontrer (depuis qu’on éduque les filles et leur donne les moyens de développer leur compétences).
On va vous expliquer un moyen d’empêcher les femmes d’avorter, autrement qu’en montant des gardes hostiles devant les cliniques.
Je n’ai pas eu le loisir, ni le désir, d’écouter la suite de l’émission. Cette radio est surtout connue pour ses programmes de conseils financiers, donc rien à voir avec la santé des femmes, et apparemment pas ouvertement politique, quoique conservatrice, dans le genre porteuse d’une parole de bon sens. C’est justement le ton badin qui m’a atterrée. Il ne s’agissait pas de débattre d’un sujet douloureux et controversé, mais de mettre en œuvre une tactique sur un objectif évident, qui fait l’objet d’un consensus qu’on ne saurait remettre en cause.
Cela en dit long sur l’évolution de la société. Il n’est plus besoin de dire que l’avortement est un meurtre, par exemple, ou d’invoquer des raisons religieuses. Il suffit de sous-entendre « on va s’occuper de ces salopes qui veulent faire ce qu’elles veulent ». Le sort de enfants « sauvés » n’est jamais évoqué, car il ne s’agit pas des enfants, mais bien des femmes. L’idéal de liberté que ce pays est censé représenter ne vaut que pour certains.
Toute une frange de la population masculine, je les vois, a progressivement absorbé ce discours, que ce soient les vieux qui ne retrouvent plus leurs repères ou les jeunes plus ou moins frustrés dans leur vie sexuelle ou professionnelle. Il ne parait plus extrême, et cela fait peur.
Je ne dirai pas la solution qui m’est venue à l’esprit, car je crains de tomber au niveau de ceux que je dénonce.





