Thank you card

Le parti républicain, dans ses efforts pour reconquérir le pouvoir, a envoyé à ses sympathisants un courrier désarmant. Il leur demande humblement de renvoyer une carte à Donald Trump pour le remercier d’avoir été un si bon président et pour lui dire qu’il leur manque.

La lettre prend soin de présenter un nombre limité d’arguments : il a baissé les impôts, bourré la cour suprême de juges conservateurs, et construit le mur pour limiter l’afflux d’immigrants.

Elle use aussi d’un symbolisme accessible. Pour montrer sa reconnaissance au 45e président, en plus de la carte, le sympathisant est prié d’envoyer 45$ pour l’aider dans son combat pour empêcher Joe Biden d’entrainer le pays à la catastrophe (là il n’est pas besoin d’avancer des arguments, c’est une évidence). Bien sûr, une somme plus importante serait la bienvenue, et une somme inférieure montrerait que vous ne baissez pas les bras pour notre grand pays. Vous savez que Donald Trump est l’homme de la situation car c’est un combattant et un gagnant !

Les 15 premiers $ constituent une cotisation de membre de la coalition présidentielle.

On en a presque la larme à l’œil.

 

Le bacon en voie de disparition?

Seulement en Californie. Les électeurs ont voté en 2018 pour une proposition de loi qui exige des conditions d’élevage plus humaines pour les poulets, les veaux et les cochons, notamment concernant l’espace dont chaque animal dispose. Les éleveurs de veaux et de poulets sont en mesure de s’y soumettre, mais seulement 4% des élevages de cochons au niveau national sont conformes, et si la loi s’applique sans délais, il va devenir impossible d’importer la viande qui vient en majeure partie de l’Iowa.

Il s’agit de rien moins que de passer d’un modèle de production intensément industriel à un autre plus respectueux de la nature, avec à la clé une augmentation des coûts à la production et à la consommation.

La taille de la Californie fait qu’elle consomme environ 15% de la viande de porc produite dans le pays, et donc que les normes qu’elle instaure ont un effet sur l’ensemble de l’industrie. Certains s’en réjouissent, et d’autres se lamentent qu’ils ne vont pas avoir le temps d’adapter leurs méthodes avant que la loi entre en vigueur. Ils devront s’adapter.

Si effectivement l’approvisionnement chute brutalement le prix du porc pourrait bondir de 60%.

Comme on est aux Etats-Unis les producteurs de porc ont fait des procès mais pour l’instant les juges ont décidé en faveur du bien-être animal. Que cela plaise ou pas, les sensibilités, y compris chez les conservateurs, et en particulier chez les femmes qui restent en charge de la cuisine, suivent ce mouvement. Même ceux qui pensent que la prise en compte de la souffrance animale est de la sensiblerie de gauche (libérale, comme on dit ici) admettent que la viande d’un animal bien traité est meilleure. C’est parmi les populations au budget modeste, qui consomment beaucoup de porc, que le changement sera le plus douloureux.

Féminité

Six poupées Barbie à l’effigie de femmes médecins, infirmières, vaccinologues, ont été créées en hommage à leur rôle crucial dans le monde de la pandémie. L’autre objectif affiché est d’inspirer les petites filles pour qu’elles se projettent dans des professions scientifiques qui sont encore majoritairement masculines.

C’est une intention louable, car il y a encore fort à faire pour sortir les filles de l’emprise des influenceuses qui promeuvent l’aspect physique comme l’essence de la féminité, un idéal vers lequel elles doivent tendre indéfiniment à coup de produits et d’opérations destinés à corriger une nature par définition insuffisante. Les mauvais esprits diront que la silhouette Barbie ne reflète pas exactement la morphologie féminine la plus courante, mais passons. Même si la fascination pour les stars et leur image de beauté surhumaine n’est pas récente, elle n’était pas nourrie par le matraquage et les sollicitations constantes qui caractérisent les réseaux sociaux. Si les Barbies peuvent convaincre qu’il y a mieux à faire que se maquiller, choisir ses fringues et modifier la courbe de ses fesses, ou du moins qu’il y a d’autres choses à faire, amen.

Et même quand on parle de femmes insérées dans le milieu professionnel, il parait que la multiplication des visio-conférences liée au télétravail a entrainé une augmentation des opérations de chirurgie esthétique: pas facile de voir sa tête en gros plan sur un écran sans se fixer sur ses défauts. Question: est-ce que les hommes confrontés au même phénomène réagissent de la même façon?

Priscilla McMillan

Priscilla McMillan ne vous dit peut-être rien, mais elle se distingue comme la seule personne qui connaissait John F. Kennedy et Lee Harvey Oswald. Elle est décédée le 7 juillet à 93 ans.

Née dans une famille aisée, elle était impliquée dans le mouvement des droits civiques dans les années 50. Sa spécialisation à Harvard dans les études russes et eurasiennes l’avaient conduite comme journaliste à Moscou où elle avait rencontré Oswald quand il avait tenté de faire défection en 1959. Les Russes ne savaient pas quoi faire de ce jeune exalté qui avait fait une tentative de suicide et lui avaient demandé de lui parler, parce qu’elle était une femme. Une phrase l’avait marquée: « Je veux donner à penser au peuple américain. » Elle connaissait bien Kennedy depuis qu’il était jeune sénateur et qu’elle écrivait ses discours.

Son incompréhension devant l’assassinat de Kennedy la conduisit à se rapprocher de la veuve d’Oswald et à enquêter sur lui pendant 13 ans. Elle appris ainsi qu’il avait une fois tiré sur un ségrégationiste raciste mais l’avait manqué. Qu’il voulait porter un coup au capitalisme américain. Le livre qu’elle a écrit, Marina and Lee, trace un portrait sensible et nuancé de l’assassin de Kennedy, et devrait mettre fin aux théories du complot sans succès.

Elle-même a été soupçonnée d’avoir été espionne mais l’Union Soviétique a essayé de la recruter sans succès (non plus). Suprême habileté? Je plaisante, bien entendu.

Accord sur les infrastructures

Tandis que Démocrates et Républicains s’invectivent à propos de la commission d’enquête sur le événements du 6 janvier, qui a entendu le témoignages de policiers cette semaine, certains d’entre eux au Sénat se sont mis au travail et ont annoncé aujourd’hui qu’ils s’étaient mis d’accord pour présenter un plan d’investissement dans les infrastructures, auquel la Chambre des représentants a donné son feu vert et qui devrait être voté dans les prochains jours. 17 sénateurs républicains se sont joints aux Démocrates dont le « traitre » Mitt Romney. On ne peut pas plaire à tout le monde.

L’une des négociatrice est Kyrsten Sinema, sénatrice démocrate d’Arizona (la première depuis 30 ans), qui s’attire les critiques de la frange gauche de son parti car dans elle s’est avérée beaucoup plus modérée que sa réputation le laissait entendre. Avant de devenir sénatrice elle pourfendait le capitalisme et manifestait contre la guerre. À présent elle semble plus préoccupée par sa carrière politique. En Arizona sa victoire est en partie due à des conservateurs qui n’en pouvaient plus des fariboles de Trump. Elle ménage donc cet électorat. Mais après tout mener à bien des négociations pour obtenir un accord bi-partisan montre qu’elle ne démérite pas tout à fait. À suivre.

Animaux et mousson

Il continue à pleuvoir et la chatte insiste pour rester dehors mais son regard dit bien qu’elle n’en pense pas moins.

Plus étonnant, un oiseau mouche est venu s’ébrouer et se percher sur mon fil à linge pendant dix bonnes minutes devant la fenêtre de la cuisine. Il avait gonflé ses plumes et faisait le double de son volume habituel. Un effet de l’humidité?

Définitions

Johnson, un chroniqueur du magazine The Economist, apporte une saine réflexion sur les usages de la langue.

En ces temps où il peut s’avérer délicat de mener une conversation, tant les sujets et le vocabulaire sont minés, une mise au point permet de clarifier ce qui est devenu embrumé à force de répétition dans des contextes différents.

Une des expressions en question est le « privilège blanc », qui garantit des prises de position catégoriques et indignées des progressistes comme des conservateurs car ils entendent des choses fort différentes par ces mots.

Pour apaiser les passions il faudrait reconnaitre que le sens du mot privilège a changé avec le temps. À l’origine il désignait une exemption de règles religieuses, rarement accordée, puis des privilèges ou traitements de faveur dans des domaines plus larges, pour enfin désigner le fait de se trouver en haut de l’échelle socio-économique.

Mais aujourd’hui il a pris un sens global qui prête à confusion. Dans « privilège blanc » on peut comprendre soit que « ceux qui ont la peau blanche » ne sont pas soumis à toutes sortes de préjugés et de discriminations, soit qu’ils bénéficient automatiquement d’avantages dont les autres sont privés.

Les deux camps se renvoient deux réalités à la figure: d’une part, les « gens de couleur » ont plus de chances de se faire contrôler, voire de se faire tuer par la police, d’atterrir en prison, de se voir refuser un emploi ou une location, et généralement d’être visés par des insultes racistes. D’autre part, les blancs qui se trouvent en bas de l’échelle socio-économique ne se perçoivent pas comme particulièrement privilégiés, et leur existence est brandie par ceux qui le sont comme la preuve de l’absurdité de l’expression.

Autrement dit progressistes et conservateurs parlent de choses différentes et ne peuvent pas s’entendre sur l’existence du privilège blanc ni sur ce qu’il conviendrait de faire à ce propos. Donc impasse.

Se pourrait-il qu’il y ait un peu de paresse intellectuelle à vouloir exprimer sa pensée avec des formules ramassées qui sont censées remplacer une argumentation structurée et nuancée? À moins que le goût de la formule lapidaire ne corresponde à volonté délibérée d’échauffer les esprits, ce qui à mon sens est moralement indéfendable. Le plus souvent, ce sont des opinions nourries par les media qui dénotent des angoisses déguisées en pensées. Pour ma part, si j’entends une conversation qui ressasse des arguments mille fois entendus (sur le covid et les masques, les impôts, le communisme, etc,), j’ai décidé de dire: « Puisque vous êtes tous d’accord, pourquoi continuez-vous à en parler? » Ce n’est même pas une question de morale, mais plutôt qu’il me faut absolument mettre un terme à l’ennui qu’elle m’inspire.

Insolite

Si vous ne connaissez pas l’origine de l’université de Stanford, une exposition au Cantor Art Center vient rappeler qu’elle a été fondée par les parents de Leland Stanford Junior, qui mourut de la typhoide à Florence en 1884. Sans le décès de ce jeune homme à l’âge de 15 ans, il n’y aurait peut-être pas de Silicon Valley ni la pépinière d’innovations qui ont changé le monde.

Leland Stanford avait commencé à collectionner toutes sortes d’objets dès 14 ans, grâce à la fortune considérable de sa famille, et visitait l’Europe pour la deuxième fois quand il disparut.

« The Melancholy Museum », conçu par un artiste, Mark Dion, pour commémorer ce décès, comprend une sombre et massive vitrine victorienne qui présente une partie de la collection de Leland, des oiseaux empaillés, des mortiers et des pilons indigènes, des maquettes de bateaux, des armes et des répliques de diamants célèbres, entre autres choses. Au centre de ce cabinet de deuil trône son portrait.

L’ambition de ses parents était aussi de créer le plus grand musée privé du monde pour honorer sa mémoire. Il existe actuellement environ 6000 objets qui ont survécu au deux tremblements de terre qui ont secoué la région de San Francisco. Mark Dion a aussi choisi de montrer une pelle, un bâton de dynamite et les fiches de paie des ouvriers qui travaillaient sur la propriété des Stanford. La fortune des Stanford s’est bâtie sur la vente des outils dont les chercheurs d’or avaient besoin, comme aujourd’hui elles se font en vendant des bases de données et les tuyaux où celles-ci circulent. Une méditation sur la confluence entre une tragédie personnelle et les mouvements de l’histoire.

Mousson

Pendant que je n’étais pas là les températures ont flirté avec les 45 degrés au mois de juin. Les incendies ravageaient tout l’ouest du pays.

Depuis mon retour la mousson qui nous avait snobés deux années de suite se rattrape: trois orages et des pluies abondantes en une semaine. Comme il fait encore chaud cela donne un peu un sensation d’étuve mais personnellement je me réjouis de ce temps de saison qui donne un peu de répit à la végétation. Même les cactus n’en pouvaient plus.

Reste que les zones qui ont brûlé vont maintenant raviner et la mince couche de terre a déjà été emportée par les ruisellements.

Boom town

Comme je parlais de Boise, Idaho, capitale mais ville modeste avec ses 226 000 habitants, elle se retrouve dans les media comme un des endroits où les prix de l’immobilier s’envolent: le prix moyen des maisons a augmenté de 250% en dix ans, et de 32% depuis l’année dernière. Pendant ces dix ans, le revenu moyen a lui augmenté de 20%, ce qui peut poser un problème aux résidents. Ce qui les a attirés, une ville dynamique qui crée des emplois, peut se retourner en son contraire.

Un facteur déterminant a été une vague d’acheteurs fuyant les grandes villes de la côte pour échapper au coronavirus, ce qui était rendu possible par le télétravail. On se demande maintenant si les Californiens s’habitueront vraiment aux hivers de l’Idaho et si les entreprises vont ou non demander à la majorité de leurs employés de revenir au bureau. Mais le marché immobillier reste vigoureux et la seule façon de diminuer la tension sur les prix serait de construire davantage de logements, et de densifier ceux-ci, mais les penchants conservateurs et libertaires de cet état ne voient pas cette solution d’un bon oeil. Les prix ne vont pas baisser de si tôt.