Animaux de compagnie

Il y a quelques jours les services municipaux ont confisqué un cougar, ou puma de 35kgs, qu’un New-yorkais élevait dans son appartement. Cette jolie femelle prénommée Sasha a onze mois et promet de devenir une belle bête, mais c’est illégal et assez dangereux de la garder comme animal de compagnie. Après un séjour au zoo du Bronx, elle va partir pour l’Arkansas dans un refuge pour animaux sauvages.

En 2003 c’était un tigre de 350kgs qui avait été trouvé dans un appartement de Harlem. On ne saurait trop recommander d’adopter un félin modèle réduit, c’est à dire un chat. Ils ont les mêmes caractéristiques, élégance, souplesse, sensualité, mais en beaucoup plus maniable.

Aléas

Il n’avait pas envie de voyager!

Ou la Guinée est vraiment compliquée.

Déjà en février il avait dû rentrer précipitamment à cause d’un début d’épidémie d’Ebola.

Aujourd’hui un appel de dernière minute, au moment de s’enregistrer pour son vol, est venu lui dire qu’il valait mieux ne pas venir, parce qu’un coup d’état était en cours à Conakry (merci les portables).

On se trouve tout bête quand on a soigneusement préparé sa valise, qu’on est allé à l’aéroport, pour rien, et qu’on doit rentrer à la maison. Cela s’appelle un anti-climax.

Henri, puis Ida

La côte est passe un sale moment. Après le passage d’Henri il y a deux semaines, l’ouragan Ida a causé la mort d’au moins 40 personnes dont douze à New York. Des tornades ont aussi balayé le New Jersey, le Maryland et la Pennsylvanie. Les photos de stations de métro submergées, de routes inondées, et de rivières en crues sont très impressionnantes. Malgré quelques orages, l’Arizona est à peu près épargnée par les événements climatiques destructeurs. Ici, même si la mousson a été au rendez-vous, apportant des pluies bienfaisantes, elle ne sera pas suffisante pour inverser les effets de la sécheresse qui sévit depuis vingt ans.

La Californie continue de lutter contre des incendies monstres qui menacent le lac Tahoe où nous étions allés il y a deux ans.

Passing

Passing, sans complément, fait référence à ces personnes qui, aux États-Unis d’avant les droits civiques, se faisaient passer pour noir ou blanc. Clarence King, un géologue blanc célèbre à l’époque, menait une double vie comme porteur chez Pullman, et le mari « noir » d’une femme nommée Ada King.

Un autre cas de « passing », dans l’autre sens, est Belle da Costa Greene.  Cette femme, fille de Richard Theodore Greener, le premier professeur noir de l’université de Caroline du Sud pendant une brève période de la Reconstruction ou celle-ci était « intégrée » (Noirs et Blancs travaillant ensemble), a fait une carrière brillante comme bibliothécaire personnelle de J. P. Morgan, fondateur d’un empire financier au XIXe siècle. A la mort de celui-ci, qui avait collectionné une multitude de livres, manuscrits et œuvres d’art, elle convainquit son fils d’en faire don à la ville de New York. Cette collection est devenue The Morgan, une institution qui accueille des milliers de visiteurs, érudits, chercheurs et touristes.

Se faire passer pour « blanche » devait être une condition pour obtenir ce poste, mais on peut se demander ce que son employeur savait ou ne savait pas. Tout reposait sur le degré de coloration de la peau, sur les trait d’un visage, et surtout sur les idées préconçues qui animaient ses interlocuteurs. Sans même y penser, ceux-ci tenaient pour acquis qu’un Noir devait être fruste, peu évolué et parler d’une certaine façon. Belle se présentait comme une femme élégante, instruite et éloquente.

Ce rôle social comportait de nombreux sacrifices : il ne lui permit pas de fonder une famille, car un enfant trop foncé aurait vendu la mèche, et elle ne pouvait pas fréquenter ouvertement sa famille. Vers la fin de sa vie elle détruisit toute sa correspondance, sans doute pour que son œuvre soit protégée, car en 1950, la ségrégation était encore en vigueur, et une collection constituée et dirigée pendant 40 ans par une femme noire aurait perdu de son prestige. Un roman, The Personal Librarian, retrace sa vie et les aberrations de l’esprit humain.

Armes à feu et frontière

Tandis que les candidats à l’immigration affluent de nouveau à la frontière – à Nogales, on vient d’allonger de 4 heures les horaires journaliers de traitement des demandes, le gouvernement mexicain vient d’intenter un procès aux fabricants d’armes américains au motif que leurs pratiques commerciales sont responsables du niveau élevé de criminalité de son pays.

En effet, les cartels s’approvisionnent très facilement en armes lourdes aux États-Unis, et certaines portent des noms qui font référence à des armes confisquées à de célèbres chef de cartels (El Jefe de Jefes), ce qui témoigne d’un certain cynisme. Il ne faut pas se leurrer, la mystique qui entoure les chefs de cartels peut même toucher des jeunes qui ne sont pas dans la misère, mais heureusement dans leur cas cela reste généralement fantasmatique.

Les Mexicains souhaitent donc que les fabricants d’armes prennent leurs responsabilités et soient un peu plus regardant sur qui achète leurs produits. Tout en reconnaissant que la violence qui ravage le Mexique tient aussi à l’organisation de leur société, ils soulignent que ces armes soutiennent directement le trafic de drogues qui en retour viennent inonder les Etats-Unis. Il s’agit bien d’un problème que les deux pays ont en commun. Bien entendu les représentants des armuriers rejettent l’idée que la criminalité mexicaine les concerne. Après tout, c’est une question d’offre et de demande.

Sources chaudes

À une petite heure au nord de Phoenix se trouve le Lac Pleasant, et aux alentours des endroits confidentiels.

Sur la piste qui mène à Castle Hot Springs, on a croisé des arbres qui se promenaient.

En arrivant à Castle Hot Springs, la végétation désertique cède la place à de nombreux palmiers. Ce qui était sans doute un ranch a une époque – 1866 –  s’est métamorphosé en « resort » passablement luxueuse, où nous ne sommes entrés que par effraction, avant de nous faire gentiment remettre à notre place, c’est-à-dire dehors.

Vous avez peur?

Dans le Mississippi, qui avec l’Alabama est l’état le moins vacciné, les autorités médicales ont lancé une alerte pour dissuader les gens de prendre de l’Ivermectin comme traitement contre le covid. Pourquoi en viendrait-on à s’administrer un produit vétérinaire antiparasite destiné aux chevaux et aux vaches, c’est une bonne question.

Il en est résulté une série d’empoisonnements plus ou moins graves, dont un cas s’est retrouvé à l’hôpital. Ce n’est pas étonnant quand on sait que le médicament est dosé pour des bêtes qui pèsent des centaines de kilos, et contiennent des excipients qui n’ont jamais été testés sur des humains.

Etrange, comment l’idée de peur circule et fluctue au gré des discours. On peut voir sur l’internet des vidéos qui vous disent qu’ « ils » veulent que vous ayez peur – et on comprend, bien que cela ne soit pas dit, qu’il s’agit des media, des médecins, des politiciens qui veulent que vous mettiez un masque dans les lieux publics et que vous vous fassiez vacciner. La politique de la peur vise à vous rendre obéissant, à accepter que l’on rogne vos libertés et à vous transformer en mouton sans même que vous vous en aperceviez. Bigre !

Je ne sais pas si les gens qui ont avalé de l’Ivermectin l’ont fait pour se soigner, pour montrer leur défiance face au système, ou pour ces deux raisons, mais ils n’ont manifestement pas eu peur quand ils l’auraient dû.

Il y a pourtant des moyens d’avoir une idée des intentions derrière les discours. Une vidéo qui justement déroulait l’idée qu’« ils » voulaient nous manipuler par la peur se terminait par une invitation à acheter sur le site des aliments lyophilisés de très bonne qualité, pour être prêt quand le système s’effondrerait. Le type qui disait ça entouré de ses chiens et de ses panneaux solaires ne pouvait être que de bonne foi, n’est-ce pas ?

J’aurais vraiment peur en ce moment si j’étais afghane.

La guerre des masques

Le Texas, la Floride et l’Arizona sont le théâtre d’une confrontation entre les gouverneurs et l’équivalent de nos recteurs d’académie (superintendents), peut-être, mais ils ne sont pas dépendants d’un ministère central de l’éducation.

Les gouverneurs de ces trois états ont pris des mesures pour interdire l’obligation de porter des masques dans les établissements scolaires, au nom de la liberté des citoyens. Les superintendents ont décidé de passer outre au nom de la santé publique, au risque de se voir sanctionner financièrement.

Au Texas l’affaire se retrouve devant les tribunaux, avec des décisions contradictoires entre différents niveaux de juridiction, entrainant une certaine confusion. En Arizona la loi budgétaire récemment passée inclut l’interdiction du masque obligatoire. C’est un professeur de biologie qui a le premier fait un procès contre l’administration qui voulait imposer les masques. Il y a un certain flou car normalement la loi ne prend effet que fin septembre, et l’école a déjà repris. On discute pour savoir si elle est applicable dès maintenant. L’Iowa a l’air prêt à s’engager dans la même controverse.

Child brides

La Caroline du Nord met au point une loi qui va mettre à mal son statut de destination pour les mariages précoces, ou plus exactement pour les adultes qui souhaitent épouser de très jeunes filles.

Il prévoit de relever l’âge du mariage de 14 (si la jeune fille est enceinte) à 16 ans, et de l’interdire s’il y a plus de 4 ans d’écart entre les futurs.

Comme la tendance est à relever l’âge du mariage a 18 ans, et que plusieurs états voisins ont déjà modifié leur loi, de plus en plus de couples venaient se marier en Caroline du Nord. Dans le comté de Buncombe, les deux tiers des mariages impliquant au moins une personne de moins de 18 ans concernait des gens qui venaient d’un autre état. Une étude montre que de 2000 à 2019 93% des mariages impliquait un mineur et un adulte.

13 états autorisent les mariages pour les moins de 16 ans, dont 9 qui n’ont pas d’âge minimum, laissant aux juges et a la jurisprudence le soin de décider de leur légalité.

Ce sont en général des associations qui militent pour interdire le mariage de très jeunes filles – car on ne parle jamais de très jeunes garçons qui se marient à 14 ans ou moins. L’idée qu’il puisse être choquant connait une coupure générationnelle, entre les représentants les plus âgés et les plus jeunes qui y voient une forme d’exploitation des filles. Une conception archaïque de la femme et une vision sacramentelle du mariage, qui plongent dans les histoires anciennes comme celle de Booz et Ruth, laissent en réalité ces « child brides » sans protection contre un mari parfois violent. Quelques-unes devenues adultes ont pris la parole pour mettre fin à ces situations, d’autres préfèrent se taire car ce sont des souvenirs douloureux et qui engagent leur famille.

Effets de réel

La théorie complotiste Q Anon a suffisamment de notoriété maintenant pour que des représentants élus du Congrès la défendent avec enthousiasme, sans que cela fasse ciller leurs collègues, même si son caractère hautement délirant peut faire douter de leur santé mentale. Elle a l’avantage de présenter le parti démocrate comme un nid de pervers qui organisent des réseaux de trafic d’enfants kidnappés, torturés et exploités sexuellement.

L’épreuve de la réalité n’entame généralement pas l’adhésion à la théorie. En janvier, les adeptes de Q Anon étaient convaincus que Donald Trump allait in extremis sauver le pays en s’emparant du pouvoir qui avait été confisqué. Il s’en est fallu de peu, mais il a échoué.

Peut-on pour autant se rassurer en pensant que quelques milliers de farfelus ne représentent un danger que pour eux-mêmes et que le bon sens finit par triompher ?

Un fait divers glaçant vient rappeler que les délires ont des effets sur la vie réelle. Un homme de 40 ans est parti samedi avec ses deux enfants de 2 ans et 10 mois. Sa femme qui n’arrivait pas à le joindre au téléphone a prévenu la police qu’il avait disparu. Grâce à l’application qui permet de retrouver un téléphone perdu, elle a vu qu’il se trouvait en Basse Californie. Coleman s’est présenté à la frontière avec les Etats-Unis lundi, sans ses enfants. Au cours d’un interrogatoire il a reconnu les avoir tués parce qu’il avait reçu des signes que sa femme possédait des gènes de serpent qu’elle avait transmis à leurs enfants. Il avait conscience qu’il avait commis un crime mais que c’était la seule façon de sauver le monde des monstres que Q Anon et les Illuminati combattent. La police mexicaine a retrouvé les cadavres.

L’homme est gravement atteint, sans aucun doute, mais que penser des politiciens qui répandent ces théories qui font appel aux plus bas instincts et exploitent bien réellement les failles psychologiques des gens pour diaboliser leurs adversaires et en retirer un gain personnel ? Et leurs collègues du même bord qui laissent faire ? Ce n’est plus seulement la démocratie représentative qui est victime, mais pour le coup de vrais enfants. Ceux-là ont du sang sur les mains.