Géants

Comme Orick se trouve à quelque 1600 km de Chandler, le voyage nous a pris deux jours, avec l’arrivée en pleine nuit. Sur la route 101 qui longe plus ou moins la côte, nous nous sommes fourvoyés à un moment, pour nous retrouver devant un panneau énigmatique: Avenue of the Giants. De quelles créatures mythiques s’agissait-il?

Dans les phares de la voiture la succession serrée de piliers massifs nous a fait comprendre que l’on était au pays des redwoods, cousins des sequoias qui peuplent l’intérieur de la Californie. De jour on voit mieux.

L’avenue des géants traverse sur une quarantaine de kilomètres le state park de Humboldt, qui recèle une partie de la forêt primaire rescapée de l’exploitation intensive du début du XXe siècle. Un autre espace protégé est le Lady Bird Johnson Grove, du nom de la femme du président qui l’a inauguré.

Se promener sous ces arbres par un jour pluvieux vous ferait facilement devenir animiste et penser qu’ils sont habités par des esprits, comme toutes les formes de végétation qui poussent à foison dans cette humidité.

Bonne année!

Saga des chats

La particularité de cette maison était d’être « pet friendly », mais la tolérance pour les animaux de compagnie n’allait pas jusqu’à inclure les chats. Ma belle-sœur, qui avait amené son chat, fit l’effort d’aller à l’hôtel la première nuit. À mon réveil, voici ce qui m’attendait:

La maison était assiégée par trois ou quatre chats qui montaient la garde en miaulant à vous déchirer le cœur, sauf que leur poil fourni et leur taille respectable ne faisaient pas pitié. Ma belle-sœur, qui avait passé une très mauvaise nuit, a décidé qu’un chat de plus ou de moins n’avait pas d’importance, et installa les affaires de Freddy dans le garage. Mais dans l’après-midi, celui-ci disparut. Les tentatives pour le retrouver, en l’appelant dans le jardin et aux alentours, furent vaines. La veillée de Noël se passa en scrutant les chats qui tournaient autour de nous et nous regardaient manger. On en venait même à reconnaitre leurs miaulements individuels, mais de Freddy point.

Jusqu’à ce qu’une dernière tournée révèle que la fenêtre d’un débarras attenant au garage était restée ouverte, que Freddy était là-dedans et ne savait pas comment sortir. La porte donnant sur le garage était verrouillée et ne pouvait s’ouvrir que de l’intérieur du débarras. Comme j’étais la plus jeune (et la plus flexible) – mon fils a fait une remarque ironique sur notre moyenne d’âge – c’est moi qui ai escaladé une pile de chaise pour m’introduire par la fenêtre dans le débarras et libérer le chat. Comme dirait le Petit Nicolas, on a bien rigolé pour Noël!

Orick

À la demande générale, ou plutôt l’étonnement poli de mes amis qui ne voient plus rien s’afficher sur mon blog, je vais secouer ce qu’il faut bien appeler ma flemme et/ou mon manque d’inspiration. J’ai pensé qu’une pause me serait bénéfique.

Pour commencer doucement je vais donc afficher des photos de mon Noël californien, à Orick, 26 pieds d’altitude, à 60 km au nord d’Eureka et presqu’à la frontière de l’Oregon, où la soeur de mon mari avait loué une maison.

Les grandes baies vitrées donnaient sur l’océan, dans un climat instable qui faisait de la vue un spectacle en mouvement constant. Oui, cela impliquait de la pluie et des nuages.

C’était très reposant.

Transport en commun

Les trains transportant des passagers sont plutôt rares aux États-Unis, mais ils peuvent réserver des surprises.

Ce matin en gare de Tucson des agents de la Drug Enforcement Administration faisaient un contrôle de routine dans un wagon à la recherche de drogue ou de produits de contrebande, quand un homme s’est mis à leur tirer dessus, tuant un des agents. Il se barricada ensuite dans les toilettes où il fut retrouvé mort.

Ce train Amtrak, en provenant de Los Angeles et à destination de New Orleans, transportait 137 passagers et 11 membres d’équipage. De là à penser que les chemins de fer sont peu et mal fréquentés, il n’y a qu’un pas.

Marée noire

Une nappe de pétrole est arrivée ce week-end sur les plages au sud de Los Angeles, dont une des plus connues est Huntington Beach. La provenance n’a pas encore été établie avec certitude, mais les soupçons se portent sur une plate-forme pétrolière installée à un vingtaine de kilomètres des côtes. On ne pense pas forcément aux risques quand on voit ces lumières dans le lointain, mais les activités industrielles en comportent toujours.

Après les incendies monstres, qui ne sont toujours pas entièrement maîtrisés – dans la forêt de séquoias géants les pompiers entourent les plus vénérables de couvertures en aluminium pour les protéger – c’est une catastrophe écologique pour la faune marine et pour les oiseaux qui vivent dans les zones marécageuses côtières. Pauvre Californie!

Suspens autour du budget

Aujourd’hui le Congrès doit trouver un accord entre les partis pour relever le plafond de la dette de l’État fédéral, sinon un certain nombre de services, et de salaires, vont être gelés, et la note des États-Unis rétrogradée.

Une mesure provisoire, qui permettra un fonctionnement jusqu’au 3 décembre, a obtenu le soutien de la majorité des représentants, mais les dissensions font rage, y compris au sein du parti Démocrate, entre les « modérés » et les « progressistes ». Leur différend porte sur le montant du plan d’infrastructure, les premiers prêts à signer pour un plan de 1,5 billions (1000 milliards et demi), les seconds décidés à engager 3,5 billions de dollars.

Une sénatrice d’Arizona, au cœur de la décision est Kyrsten Sinema, qui s’avère extraordinairement modérée, et très éloignée de sa réputation verte et radicale d’origine. Ses collègues s’énervent un peu car elle refuse le volet social qu’elle trouve trop cher, sans faire de contre-proposition qui pourrait être la base de négociation. La majorité démocrate est trop modeste pour faire passer la loi sans l’accord de tous les Démocrates.

Fin de journée à Superior

Il y a quinze jours nous sommes allés prendre un verre « after hours » à l’Arboretum.

Des nuées de petits papillons tournoyaient par endroits. L’un d’entre eux s’est posé sur la coupelle de salsa, incapable de reprendre son vol. Je pensais qu’il était fichu mais en le poussant un peu il s’est envolé.

Puis nous avons fait un tour dans la petite ville voisine de Superior, où les murs et certaines maisons sont décorés de fresques.

Réchauffé

Les Républicains ne lâchent pas le morceau de l’élection présidentielle. Un audit est mené depuis des mois à leur demande dans le comté de Maricopa, le plus peuplé, pour recompter les bulletins et établir que Biden n’a pas remporté l’Arizona. Il me semble que cela s’apparente à une mystique, selon laquelle cet état par essence républicain ne saurait élire un Démocrate. Tout simplement impensable, comme les cowboys homosexuels de Brokeback Mountain dynamitent les schémas les mieux établis.

2.1 millions de bulletins recomptés à la main plus tard, il s’avère que Biden a gagné 99 voix de plus que les résultats officiels annonçaient, et Trump 262 de moins.

La situation est assez bizarre. Les responsables de l’élection ont refusé de coopérer plus que le strict nécessaire car ils n’avaient aucune confiance dans l’équipe choisie par le président du Sénat, une entreprise en cyber sécurité qui n’a aucune expérience du processus électoral, basée en Floride, et qui répond au doux nom de Cyber Ninjas. Le soutien sans faille du CEO de cette entreprise à Trump et à sa conviction d’avoir gagné n’a rien fait pour dissiper leurs craintes.

Finalement, les Cyber Ninjas n’ont pas constaté de fraude mais estiment que le système de vote contient de nombreuses anomalies qu’il faudrait corriger. J’imagine que le vote par correspondance va devenir moins facile. Ironique, car les Républicains ne sont pas les derniers à profiter de ce système assez souple qui jusqu’à présent leur convenait très bien.

D’ailleurs si vous croyez qu’ils vont finir par accepter que la victoire de Biden est légitime, détrompez-vous. Il y a des gens très riches qui tirent les ficelles en coulisse et qu’est-ce qui prouve qu’ils n’ont pas manipulé l’audit?

C’est l’argument qu’on me ressort quand on est à bout d’argument.

Continuité

L’administration Biden est dans une mauvaise passe. Elle a bien réussi à se démarquer de l’administration Trump en mettant l’accent sur des programmes de justice sociale dans le gigantesque plan de dépenses fédérale qu’il a mis en œuvre, mais les événements des dernières semaines ont plutôt démontré une continuité entre les méthodes des deux présidents. Croyez-moi, cela me peine de faire ce rapprochement, qui se base sur des actes dans des situations concrètes plutôt que sur des intentions, qui théoriquement sont toujours moralement irréprochables.

Nonobstant la jubilation des Républicains devant l’incompétence de Biden dans le retrait piteux des Américains d’Afghanistan, il n’a fait que poursuivre la politique actée par l’accord de 2019. On peut se demander à juste titre comment il n’a pas vu venir l’avancée fulgurante des Talibans, mais il est possible que le dédain américain pour la complexité de la géopolitique soit tellement ancré que les dirigeants n’agissent jamais sur la base des connaissances que les gens de terrain possèdent.

Mon patriotisme blessé prend aussi mal la rupture de contrat entre la France et l’Australie sur la vente de sous-marins. La encore, les États-Unis continuent dans le mépris affiché pour une puissance moyenne qui ne mérite même pas d’être informée de négociations qui représentent un revers majeur pour son industrie. Si leur intérêt a basculé vers l’Asie, il n’y a vraiment aucune raison de ménager la sensibilité d’alliés qui ne sont que menu fretin dans la grande course à la domination mondiale. Cela n’empêche pas d’exiger la loyauté quand besoin est.

Mais le domaine qui fait mal se trouve sous un pont à la frontière mexicaine au Texas, entre deux petites, villes Ciudad Acuna et Del Rio. Des milliers de migrants, en majorité haïtiens, ont dressé un camp de fortune et traversent le Rio Grande entre les deux. Les agents chargés de traiter tous ces dossiers sont débordés et les gouvernements mexicains et américains ont commencé à affréter des avions pour les renvoyer chez eux (sounds familiar?). Pour ce faire, un décret du président Trump de mars 2020 permet de déporter les migrants sans que leur demande d’asile soit examinée, en raison de la pandémie. Biden a exempté les mineurs mais le décret en vigueur lui permet de déroger au lois d’asile. Médiocre pour sa réputation.

Pouvoir des chats

Le football américain est devenu un autre symbole de la division du pays. En cause le genou que certains joueurs professionnels mettent à terre au début des matches pour montrer leur soutien au mouvement anti-raciste. En réponse, les conservateurs qui supportent mal cette prise de position gauchiste ont juré de ne plus regarder le football professionnel, malgré ce que cela leur coûte sur le plan émotionnel, et de ne porter leur attention qu’au football « amateur » qui oppose les équipes des universités.

Ce week-end les milliers de fans qui assistaient à un match entre les Hurricanes et les Mountaineers dans un stade de Miami se sont soudain passionnés pour un tout autre spectacle. Un chat s’est retrouvé suspendu, on ne sait comment, à un filet qui surplombe les gradins par les pattes de devant, au-dessus d’un vide d’une dizaine de mètres. Deux pattes, puis une, avant qu’il ne tombe dans un drapeau américain qu’un spectateurs avait vite décroché et déployé pour le recueillir, indemne. L’enthousiasme était à son comble, et les divisions (presqu’)oubliées. On ne mesurera jamais assez les effets thérapeutiques des chats sur nous pauvres humains.