Avortement

Parmi les sujets qui fâchent, et garantissent une montée au créneau instantanée de tous les bords, se trouve le droit à l’avortement. J’ai toujours considéré avec un peu de condescendance les dinosaures qui voulaient l’interdire, ayant vécu ma vie d’adulte dans un pays qui l’autorisait, mais pas depuis si longtemps, puisque j’étais adolescente quand il est devenu légal. Donc oui, c’est un sujet qui cristallise les émotions, et ce droit a besoin d’être défendu. Mais ce n’est pas mon objectif ici.

Aux États-Unis il est attaqué de tous les côtés sur le plan politique. Dans un groupe d’amies chrétiennes, ayant exprimé mon opinion en sa faveur, j’ai déclenché des discussions passionnées car le consensus était qu’il fallait être contre. Ce qui me paraît intéressant, c’est que seule une sur six a décidé de quitter le groupe, parce qu’une opinion nuancée sur l’avortement était incompatible avec son engagement chrétien. Toutes les autres, à des degrés divers, ont déployé un esprit de tolérance remarquable.

C’est pourquoi une petite mise au point est nécessaire sur ce qui se joue là. Plusieurs états ont voté ou sont en train d’introduire des lois restreignant le droit à l’avortement. Celle du Texas est la plus extrême, l’interdisant à partir du moment où on peut déceler un battement de cœur. Mais quand on regarde le détail, il s’agit en général de passer d’une permissivité extrême, 25 semaines, à 15 – à comparer avec la loi française. Le jugement de la Cour Suprême a ouvert le droit à l’avortement, laissant, si j’ai bien compris, les modalités de son application aux états. Et quand il y a contestation, c’est à nouveau vers elle que l’on se tourne pour estimer si les lois sont conformes ou pas à la loi fédérale. Les questions éthiques et médicales sont redoutables, et le système fédéral qui laisse la décision – difficile, dans tous les cas – à une Cour qui est l’objet de manœuvres politiques, ne permet pas d’aboutir à une position apaisée. Disons qu’à présent je comprends mieux l’indignation de l’autre bord.

Baptêmes loupés

Un prêtre catholique du diocèse de Phoenix s’est retiré de ses fonctions après que ses supérieurs se sont aperçus que depuis des années il avait baptisé les fidèles avec une formule erronée. Au lieu de dire « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » il disait « Nous te … ». En anglais c’est seulement un mot de différence, mais cela suffit à rendre le baptême invalide pour les centaines ou les milliers de personnes concernées. En effet, ce n’est pas la communauté qui baptise mais Christ lui-même – dans la mesure où le prêtre consacré est habilité à parler en son nom, comme il peut absoudre des péchés après la confession. Comme le baptême est le premier sacrement que l’on reçoit, s’il s’avère nul tous les autres comme le mariage ou la confirmation le sont aussi par ricochet.

Cela pose plein de questions intéressantes car le sens même de tous les rituels est mis en cause. La personne baptisée en toute bonne foi, c’est le cas de le dire, ou les parents qui font baptiser leur bébé, s’attendent naturellement à ce qu’ils entrent dans une communauté de grâce, mais une simple erreur annule l’effet du baptême, sans que personne le sache d’ailleurs. Ils se retrouvent au même niveau que n’importe quel païen. De telles histoires devraient convaincre les églises d’afficher un peu plus d’humilité. Et à mon (humble) avis de faire un peu plus confiance à leur Dieu qui comme chacun sait ne veut pas la mort du pécheur, et certainement pas pour une erreur de procédure. Mais il se pourrait bien que ce soit plus une question de pouvoir que de spiritualité.

Comme on vient de passer la Saint-Valentin, je partage le bel ouvrage qu’un crocheteur anonyme a placé à l’entrée du canal, ainsi que 3 oiseaux aquatiques qui sont de passage ici.

Cartes postales

Les possibilités de débattre des sujets délicats s’amenuisent de plus en plus. Dans plusieurs états les républicains s’évertuent à proposer des législations qui interdisent aux professeurs des écoles d’aborder les questions de race, de politique ou de genre, pour les empêcher d’instiller dans la tête des enfants des idéologies qui déplaisent aux parents.

Personnellement je constate avec horreur comment l’enfermement dans une mentalité de clan, voire de secte, peut rendre aveugle. Les pasteurs -disons, conservateurs- aiment à dénoncer une société dépravée contre laquelle les Chrétiens doivent se dresser comme le dernier rempart pour défendre la civilisation qui est en train de s’écrouler. Les mouvements comme BLM et les revendications LGBT en sont les symptômes manifestes.

Sans vouloir sous-estimer les méfaits du wokisme et de la cancel culture qui ne me réjouissent pas non plus, il y a des non-dits dans ce discours chrétien qui font froid dans le dos. Le passé est convoqué pour exalter une Amérique blanche et majoritairement chrétienne, porte-parole de valeurs mises à mal de nos jours. Mais le passé est consciencieusement ignoré ou négligé dans les dimensions qui démentent la supériorité morale des ces anciens Américains. Un exemple s’est rappelé à moi aujourd’hui. Jusqu’au début du XXe siècle les gens s’envoyaient des cartes postales de lynchages (pendaisons) de Noirs, accompagnées de commentaires racistes. Je veux bien qu’on me dise que c’est de l’histoire ancienne et qu’il ne sert à rien de s’appesantir sur les faits et gestes de nos ancêtres, mais si l’on prend cette époque comme référence de l’âge d’or, on estime bien que la civilisation que l’on défend était/est profondément raciste et que la dévotion s’en accommodait très bien.

Groundhog Day

Le 2 février 2022!

Aujourd’hui les marmottes d’Amérique sont chargées de prédire combien de temps l’hiver va durer. C’est la 136e année qu’une marmotte est au centre d’une telle cérémonie. Si la marmotte sortant de sa tanière voit son ombre, elle y rentre aussitôt pour dormir six semaines de plus, annonçant un hiver prolongé.

Mais voilà, Punxsutawney Phil, de Pennsylvania, s’est prononcé pour un hiver long, tandis que Charles G. Hogg, ou Staten Island Chuck, de New York, n’a pas vu son ombre et penche pour un printemps précoce. L’année dernière elles avaient eu le même différend. Février a été particulièrement glacial et mars plus chaud que la moyenne, ce qui fait qu’elles avaient toutes les deux plus ou moins raison. Il n’est pas interdit de penser que le changement climatique bouleverse les signaux et que les marmottes y perdent leur latin. Ces jours-ci des tempêtes déversent des tonnes de neige sur l’est des États-Unis. Les partisans de chaque marmotte assurent que la leur est beaucoup plus clairvoyante que l’autre mais les statisticiens estiment qu’il ne s’agit que de hasard.

Il y a d’ailleurs d’autres marmottes qui sont sollicitées, ainsi qu’un éventail d’animaux, le tatou, le canard ou le hérisson. La communauté des amoureux des marmottes est en deuil: une des marmottes star, Milltown Mel du New Jersey est morte hier, la veille du Groundhog Day.

Pauvres hommes!

Les hommes sont mal barrés. Un article dans The Economist parle de leur solitude, un roman du « well-known male friend deficit », et même un pasteur déplore que les hommes n’aient pas de réseau d’amis. D’ailleurs ils en ont de moins en moins. En 1990 55% des hommes américains déclaraient avoir au moins six amis proches, ils ne sont plus que 27%. Les deux tiers des divorces aux États-Unis sont demandés par les épouses qui accusent leur conjoint d’incompétence émotionnelle. Bref, ils s’en prennent plein la tête.

Plutôt qu’une cause bien définie, il y aurait un faisceau de circonstances. Dans les pays marqués par l’individualisme, dont les États-Unis sont les champions, les hommes souffrent davantage de solitude. Primauté accordée au travail (the work ethic dont ils sont si fiers), la mobilité géographique figurent parmi les causes. Ce à quoi s’ajoute une éducation qui pousse à cacher ses émotions, à se montrer fort et indépendant, et à cultiver l’esprit de compétition. Ceci est particulièrement vrai dans le sport, très important dans leur imaginaire sinon dans la pratique, où l’objectif est toujours de « kill » l’adversaire, dans une métaphore à peine voilée de la guerre. Passé l’enfance les garçons sont sommés de se définir contre ce qui est perçu comme des comportements de fille.

Et pourtant ce sont de grands sensibles qui meurent d’envie d’avoir de contacts affectifs! La conséquence est un taux de suicide plus élevé chez les jeunes hommes que chez les jeunes femmes, qui elles n’ont pas la pression pour renoncer à leurs copines. et la solitude est corrélée à une moins bonne santé.

Comme on vit une période de redéfinition de beaucoup de choses (le pasteur cité plus haut grimpe aux murs quand il entend la différence homme/femme remise en cause), les hommes ont de plus en plus l’occasion d’observer d’autres manières d’entrer en relation avec leurs semblables (les hommes ou les femmes? ambiguïté de la langue française), mais il est dur de désapprendre ce qui a façonné votre identité.

Prise d’otages

Ici les lieux de culte sont très préoccupés par le risque d’être la cible d’attaques terroristes. À mon sens l’idée que la présence de membres de l’église porteurs d’armes (le port d’arme est légal en Arizona) peut protéger la congrégation est fallacieuse, et la police est aussi de cet avis. Dans la confusion générale, la multiplication des armes a toutes les chances de multiplier les balles perdues. Sans compter que la moyenne d’âge élevée des personnes fréquentant les églises peut laisser des doutes sur leur capacité à viser juste. Mais je fais du mauvais esprit.

La communauté religieuse la plus attaquée est la communauté juive, comme l’a rappelé la prise d’otage dans une synagogue de Colleyville, au Texas, samedi dernier.

Un Britannique de 44 ans réclamait la libération d’une neurologue, Aafia Siddiqui, arrêtée en Afghanistan en 2008 pour terrorisme, et qui purge une peine de 86 ans dans une prison de Fort Worth.

Les trois derniers otages se sont échappés grâce au sens de l’observation du rabbin Charlie Cytron-Walker, qui avait remarqué que le terroriste était mal positionné. Après avoir prévenu les deux autres, il a jeté une chaise sur l’homme et ils sont partis en courant. celui-ci les a suivis, trop tard, et la police a donné l’assaut, pendant lequel il est mort sans que soient précisées les circonstances. Le rabbin a déclaré avoir été formé à gérer ce genre de situations par la police locale. Sans arme à feu.

Lire les panneaux

Quand on va se promener sur la plage à Orick, on est accueilli par ce panneau:

Ce sont des conseils de bon sens, mais là d’où je viens on pense rarement tremblement de terre ou tsunami, peut-être à tort.

Aujourd’hui toute la côte ouest était sous le coup d’un avertissement d’un risque de tsunami à la suite de l’éruption d’un volcan sous-marin de l’Archipel de Tonga.

Le spectacle des rouleaux inspire d’autant plus le respect que la couleur du sable rappelle que la région a une histoire séismique riche et active.

Pendant ce temps le Midwest était balayé par un blizzard, la neige tombait à l’horizontale à Des Moines, Iowa.

Un beau dimanche de janvier

En allant me promener vers le canal j’ai découvert ce joli étui crocheté qui coiffait un poteau qui limite l’accès au Paseo Trail. Une façon élégante de célébrer le Martin Luther King Day, le 17 janvier. Le racisme est dans tous les esprits. Cette semaine trois hommes ont été reconnus du meurtre d’Ahmaud Arbery début 2020 et condamnés à la perpétuité. Il courait dans son quartier et les hommes le soupçonnaient d’avoir commis un cambriolage, ils l’ont poursuivi – l’un d’eux a tout filmé – et voulu l’arrêter, mais il a essayé de se défendre alors ils lui ont tiré dessus « parce qu’ils se sentaient menacés ». Plus tard il y aura un second procès pour décider si le meurtre avait pour cause le racisme.

Ce matin une personne de ma connaissance m’a affirmé qu’elle avait vu dans je ne sais quel media que le président français avait annoncé que les non-vaccinés ne seraient plus citoyens français. J’ai fait part de ma surprise, promettant que je me renseignerais. J’ai compris: quand il a dit que les non-vaccinés ne se comportaient pas comme des citoyens et étaient irresponsables, des Américains bien intentionnés ont traduit qu’on leur retirerait leur nationalité. Façon très efficace de démontrer les abus d’un pouvoir centralisé à l’extrême, et de renforcer la phobie de l’État Fédéral d’une certaine population. Démonstration également que ces soi-disant sites d’information disent n’importe quoi pour appuyer leur message. Ils jouent sur du velours, car leur public croient aussi n’importe quoi. Elle pense vraiment que le président décide selon son bon plaisir qui est citoyen et qui ne l’est pas?

Pour finir sur une image sereine, lumière du couchant sur le canal.

Mont de la Sainte Croix

Il parait que des Allemands ont disposé des moutons en forme de seringue dans un champ pour convaincre les récalcitrants de se faire vacciner, dessin visible uniquement vu du ciel. L’idée d’images cachées dans la nature a quelque chose de fascinant.

J’ai découvert que le Créateur avait dessiné une gigantesque croix à flanc de montagne dans le Colorado. Dès 1840 des rumeurs couraient que pendant quelques mois de l’année une croix de neige était visible d’une montagne voisine, mais pas lorsqu’on essayait de s’en approcher. À l’époque, tout l’ouest des États-Unis était un vaste territoire sauvage que les géographes et cartographes commençaient juste à répertorier.

Le premier à en témoigner officiellement et par écrit fut Samuel Bowles, en 1868, mais il ne laissa aucune coordonnée qui eut permis de retrouver l’endroit – beaucoup de pics et de montagnes dans les Rockies, et encore une fois, pas de routes ni de moyens de transport pratiques. Les mules étaient d’un précieux secours.

Une expédition dirigée par Ferdinand Vandeveer Hayden obtint un financement du Congrès en 1873. Attiré par l’aventure et la perspective de voir la fameuse croix, un photographe pionnier, William Henry Jackson, se joignit à elle avec son barda de photographe, les appareils photos, les plaques de verre, le matériel de développement, le tout chargé sur une pauvre mule dont on n’a même pas retenu le nom. À un moment Jackson suivit un chemin distinct du corps de l’expédition, le long de l’Eagle River, et franchit le col Tennessee pour arriver sur la Notch Mountain, noyée dans les brumes. Continuant son ascension, il finit par émerger au-dessus des nuages et la croix de neige se révéla à lui sur la montagne qui lui faisait face. Pour couronner le tout, un arc-en ciel vint auréoler le spectacle. Le temps de déballer son matériel, l’arc-en-ciel avait disparu, le temps avait tourné au gris pluvieux et Jackson préféra attendre le lendemain, que la providence voulut clair et lumineux.

Cette photo eut une carrière extraordinaire, présentée au président Ulysses Grant et au Congrès, elle conforta le pays dans la conviction que Dieu lui-même avait inscrit la destinée des États-Unis dans le paysage. Les peintres, les poètes trouvèrent leur inspiration dans le Mount of the Holy Cross. La montagne devint un lieu de pèlerinage, du moins pour ceux assez valides pour faire de l’alpinisme.

Peu de temps avant le crash de 1929, le président Hoover déclara le site monument national. Mais la crise empêcha de le développer comme prévu, puis la guerre détourna l’attention du lieu.

Plus grave, à un moment indéterminé, l’érosion modifia les crevasses qui constituaient le bras droit de la croix, et en 1941 celle-ci était devenue bancale. Le Congrès décida en 1950 de retirer à la Montagne de la Sainte Croix son statut de monument national.

Le signe, le sceau, la promesse divine ont-ils disparu avec les roches soumises aux forces de l’érosion? On sait que les montagnes « jeunes » sont destinées à devenir « vieilles », moins hautes, plus arrondies, moins impressionnantes. Les Américains sont inquiets, de diverses façons, de l’effacement de la foi en la mission ordonnée par Dieu pour que leur nation serve de phare au reste du monde.

Fires

L’air saturé d’humidité de la côte ne doit pas faire oublier que toute la région souffre de sécheresse chronique qui rend les incendies dévastateurs. L’été dernier, les sequoia géants les plus célèbres de Yosemite avaient été « emballés » pour les protéger des flammes et de la chaleur excessive. La semaine dernière, des incendies ont détruits un millier de bâtiments dans le Colorado. Pour l’instant il n’y a que deux personnes portées disparues. La saison des incendies devraient être finie depuis longtemps, mais la végétation stressée par le manque de pluies est prête à s’embraser à la moindre occasion, et les vents violents attisent les feux. Après Noël, les premières chutes de neige ont permis de les arrêter. Les pompiers n’ont pas encore identifié la cause de ces incendies.