Indignation

18 enfants et 2 adultes tués ce matin dans une école élémentaire du Texas. Par un jeune de 18 ans qui a tiré sur sa grand-mère avant de se rendre dans l’école.

Désespérant. Il en faudra combien pour que les parents se révoltent et exigent que leur représentants politiques s’occupent de la question de la violence et des armes autrement que par des argumentations byzantines sur la Constitution? Même remarque pour l’avortement, en passant. Mais les massacres dans les écoles donnent envie de vomir (27 fusillades dans des écoles depuis le début de l’année).

Pour l’instant l’Américain moyen pense que le ciel lui est tombé sur la tête parce l’essence tourne autour de 5$ le gallon (environ 4 litres).

Le WWE comme métaphore

Un monde inconnu pour moi, le World Wrestling Entertainment. Pour les fans, c’est une religion. Les grands prêtres sont les lutteurs, qui curieusement passent plus de temps en long discours qu’en pugilats. Ceux-ci apparaissent au spectateur non averti comme hautement chorégraphiés. Intrigants aussi sont les corps bodybuildés et glabres, ainsi que les chevelures parfaitement apprêtées. Et les tenues super sexy complètent une mise en scene qui donne tout son sens à ce spectacle, puisqu’il s’agit davantage d’un divertissement que d’un sport. Dites-moi si je me trompe.

L’article d’un journaliste, Kurt Bardella, m’a éclairée sur les enjeux. Une veritable explication de texte en langue étrangère. À chaque époque, un personnage incarne un type social. Dans les années 80, « The Nature Boy » Ric Flair défiait « The American Dream » Dusty Rhodes. Le public soutenait le fils de plombier, obèse, brut de décoffrage, contre le représentant de l’élite avec ses pompes en alligator et ses rolex, ou le contraire. Puis ce fut « Stone Cold » Steve Austin contre Vince McMahon. La ferveur de la foule communiant dans l’identification aux personnages n’a cessé de s’intensifier.

La thèse de Bardella est que les Républicains ont intégré les stratégies marketing du « sports entertainment », calibrant leurs discours et leurs interventions pour renforcer la ligne narrative du parti, attiser les flammes des conflits et donner envie de regarder la suite du match. La question de savoir s’ils croient ce qu’ils racontent ne se pose pas. L’important est que le public y croie.

Il ne vous aura pas échappé que les catégories du wrestling ont un petit côté marxiste. Bardella suggère que le parti démocrate s’empare de la métaphore et la tourne à son avantage. Qu’il défende la classe ouvrière avec les mêmes armes que l’adversaire! Plutôt que d’avancer des arguments pour défendre les politiques publiques, mettre en avant la lutte des petits d’origine modeste contre l’élite mercantile, en faisant vibrer leurs émotions. En d’autres termes, renverser la ligne narrative du parti républicain qui avec Donald Trump a réussi à convaincre qu’il était du côté des travailleurs, ce dernier qui se vantait d’avoir évité l’impôt grâce à une bonne stratégie d’optimisation fiscale. Tout le monde n’a pas son talent. Mais si les Démocrates commencent à entrer dans ce registre, qui va mener le travail ingrat qui consiste à résoudre les problèmes qui se posent au pays?

Lait maternisé

Un des soucis qui assaillent les parents américains depuis quelques temps est la pénurie de lait maternisé. il est devenu difficile de se fournir et sur les réseaux sociaux des mamans proposent de dépanner avec leur lait congelé celles qui en sont dépourvues.

Tout cela est venu de la fermeture en février d’une usine qui en fabriquait, dans le Michigan, après que plusieurs bébés sont tombés malades. Le produit a été retiré du marché, mais comme il n’y a que quatre entreprises de fabrication aux États-Unis, (celle d’Abbott fournissait 20% des laits pour bébés au plan national), peu de compétition, que les chaînes d’approvisionnement étaient déjà tendues, et qu’il y a beaucoup de règlements qui limitent l’importation de lait maternisé, c’est devenu une cause nationale.

Le président Biden a eu recours au Defense Production Act pour autoriser l’importation de 70000 livres de lait hypoallergénique qui fait cruellement défaut aux bébés fragiles.

L’action gouvernementale vient corriger une crise qui est partiellement due à la lourdeur bureaucratique. Le lait maternisé est en grande partie vendu à travers un programme fédéral, qui subventionne les produits pour les populations défavorisées, ce qui induit les états à signer des contrats d’exclusivité avec un producteur. Quand l’approvisionnement est perturbé, il n’y a guère de flexibilité ni de solution de rechange. Et l’enjeu est plus grave qu’avec le manque de papier toilette.

Creuser son trou

Une mise en garde d’un responsable des secours en Caroline du Nord. David Helder, a précédé d’un jour la mort d’un jeune homme qui a été enseveli par le sable dans un trou qu’il avait creusé en jouant avec sa sœur sur une plage du New Jersey.

Helder était aller expliquer aux gens que les trous profonds creusés dans les plages représentent un danger pour les promeneurs qui peuvent s’y fouler la cheville ou même se casser la jambe. De plus ils peuvent retarder le travail des secouristes. Sans parler des tortues qui s’y trouvent piégées avec leurs petits et peuvent y mourir. Une grosse vague suffit à noyer quelqu’un , surtout si, par exemple, on s’amuse à connecter deux trous de deux mètres de profondeur par un tunnel. C’est ce qui est arrivé à un homme en Virginie en 2014, qui est resté sous le sable quinze minutes avant qu’on le retrouve, trop tard.

Malheureusement c’est une activité à laquelle ils se livrent quand l’eau est froide et les promesses de les reboucher restent souvent vaines.

Foi dans l’humanité, mais

À partir de quand des épisodes « isolés » deviennent-ils les symptômes d’un mouvement?

Samedi un jeune, raciste et anti-sémite, a tiré dans un supermarché de Buffalo dans l’état de New-York, et a tué dix personnes. Il l’avait choisi pour sa forte concentration en population noire.

On en est à 198 « mass shootings », ou fusillades, depuis le début de l’année. Les ventes d’armes et de munitions atteignent des sommets. Les défenseurs du 2nd Amendement sont plus motivés que jamais. Pour l’instant il y a des raisons de penser que les acquéreurs sont en majorité des Républicains blancs, qui achètent des fusils d’assaut soit pour se défendre (contre les Noirs, les immigrants et les gauchistes?), soit pour s’amuser à tirer sur des cartons dans le désert. J’imagine qu’il y a aussi des Noirs qui commencent à penser qu’il vaudrait mieux prendre en main leur propre protection.

Le suspect avait menacé de tirer dans son école l’année dernière. Il avait été interrogé par la police, soumis à une évaluation psychologique, puis relâché. Quand il a acheté son fusil récemment, le vendeur a effectué une vérification de ses antécédents qui n’en a rien montré. Il faudrait en faire des tonnes pour être considéré comme un danger.

il y a aussi des raisons de penser que les gens qui ont certaines idées trouvent désormais des possibilités infinies de les partager et de les mettre en oeuvre. Ils ne sont peut-être plus tant isolés que ça. Les fusillades sont un bon moyen d’instaurer la peur, et de créer les conditions d’un chaos dont celui qui a le plus d’armes peut espérer profiter.

Les Républicains comme Liz Cheney qui osent suggérer que leur parti a encouragé le nationalisme suprémaciste blanc et ses dérives violentes sont vilipendés et mis à l’index. Après tout, il y a de braves gens parmi ces militants, comme l’a dit un président. What is there not to like?

Les bons Samaritains

La police de Boynton Beach en Floride a publié la video d’un épisode qui aurait pu mal tourner. Une voiture s’engage dans une intersection et se met à dévier lentement en plein milieu. La conductrice a eu un malaise et a perdu connaissance. Heureusement une collègue qui se trouvait dans la voiture à côté comprit la situation, sortit de sa voiture et commença à indiquer le problème aux autres conducteurs. Cinq ou six personnes sortent de leur voiture pour arrêter le véhicule, cassent une vitre pour pouvoir y entrer et le guident vers le bord de la rue, pendant que le reste de la circulation contourne la scène avec précaution. La femme se porte bien, et son employeur a demandé l’aide de la police pour remercier ceux qui sont intervenus. Une petite histoire qui devrait restaurer notre foi dans l’humanité.

Fuite à la Cour Suprême

Après la fuite d’un document de la Cour Suprême montrant qu’elle a l’intention de renverser la décision qui garantit le droit à l’avortement, le pays est en ébullition. Logiquement, la législation sera laissée à l’appréciation des états, qui pourront choisir entre l’autoriser sans restriction ou au contraire l’interdire en quasiment toutes circonstances, avec toutes les positions intermédiaires. Plus insidieusement, les états les plus conservateurs pourraient ouvrir la possibilité de poursuivre les personnes ayant participé ou aidé de près ou de loin à une interruption de grossesse au-delà de leur juridiction, voire d’instaurer une interdiction au niveau national. Il y a de belles procédures en perspective.

Aujourd’hui le parti Démocrate a tenté d’inscrire le droit dans une loi au Sénat, mais on savait d’avance qu’elle ne passerait pas, par manque de consensus y compris au sein du parti.

La fuite est considérée comme salutaire par certains, car elle révèle un peu la cuisine intérieure de la Cour, qui comptait rendre son avis public au mois de juin, quand même ici les gens sont moins mobilisés pour cause de vacances. Elle pose aussi la question de la légitimité des juges de la Cour qui sont de moins en moins nommés pour leur réputation d’intégrité et pour leur professionnalisme mais utilisés comme arme politique par les présidents. C’est ainsi que les Républicains ont efficacement manœuvré pour qu’il y ait une majorité de juges conservateurs, d’où la décision attendue. Or que neuf personnes non élues décident d’une question aussi importante pour la vie des femmes risque de mal passer auprès d’une bonne partie des Américains, si elles sont perçues comme des agents du pouvoir politique. Le système repose sur un équilibre des pouvoirs, et la Cour Suprême en est un des piliers dans la mesure où les juges se montrent impartiaux et indépendants. La confiance déjà bien entamée par la mise en cause des élections risque de prendre un nouveau coup.

Il est bon de se rappeler les drames qui étaient la norme dans nos pays quand l’avortement était strictement interdit.

Dangers de l’incertitude

Un article du journal local reprenait aujourd’hui l’histoire d’une infirmière qui avait connu une heure de gloire pour avoir été prise en photo par un reporter alors qu’elle se tenait silencieusement dans sa tenue professionnelle devant un manifestant venu protester devant le Capitole en avril 2020 contre les mesures prise par le gouverneur pour tenter de maîtriser l’épidémie. Dieu sait pourtant qu’il n’en a pas pris beaucoup, et pas très longtemps.

Une de ses remarques m’a frappée: à l’époque on ne savait presque rien sur le virus. Concrètement, toutes les activités se trouvaient à l’arrêt, les gens mouraient mais à part le personnel des hôpitaux on ne le voyait pas. I know, I live such a sheltered life. D’où l’incompréhension et la colère qui dans la manifestation se traduisaient par des insultes à l’encontre des infirmières qui témoignaient par leur présence de la gravité de la situation et de la nécessité de faire quelque chose.

L’incertitude est le mot clé. Celle-ci, comme le doute, est insupportable pour de nombreuses personnes. Un des grands reproches que les conservateurs font aux progressistes (pour faire simple), est ce qu’ils appellent l’incohérence des mesures, et par extension de la science. Il leur est inconcevable que « la science » n’offre pas des explications et des solutions valables une fois pour toutes, comme, vous le devinez, la Bible.

Peu importe qu’un examen attentif montre que le Livre est le résultat d’un processus de rédaction et de révision multi-séculaire, qui témoigne d’une recherche spirituelle intense, pour eux il n’est rassurant que s’il est tenu pour vrai en bloc et dans sa totalité dans sa forme retenue par l’église à laquelle on appartient.

Malheureusement cette conception aboutit à un appauvrissement de la pensée et je le crains, de la vie spirituelle même, qui risque de se trouver figée dans un conservatisme qui renvoie des siècles en arrière. Avec pour effet de se couper non seulement du monde que l’on considère comme mauvais, mais aussi des gens que l’on est censé amener à se convertir. Il faut beaucoup de délicatesse pour maintenir le lien et éviter que la peur de l’incertitude empêche toute communication.

Voici deux images de l’arboretum qui remonte toujours le moral.

Chavez Day

Le 31 mars célèbre les actions de Cesar Chavez (1927-1993), un syndicaliste et militant des droits civils, qui fonda la National Farm Workers Association pour défendre les droits des ouvriers agricoles. En 2014 Obama annonça que ce serait un jour national en son honneur. Les états peuvent en faire un jour férié, mais peu le font. En Arizona seule la ville de Phoenix l’applique. Il est peu connu, et pendant que je photographiais le chapeau, deux dames m’ont demandé ce qu’il représentait. J’en savais plus qu’elles!

Le choix de mettre en avant la communauté chicano, les Mexicains-Américains, est d’ailleurs critiqué par les ouvriers d’origine Philippine, qui avaient commencé la grève des vendanges et donné l’impulsion au mouvement de Chavez. Il a tout de même fallu que je me renseigne après coup car je ne savais pas grand-chose sur lui. Je me demande qui crochète ces chapeaux.

L’histoire de Pink FLoyd

N’est pas celle que vous croyez. Pink Floyd, ou no. 492, est un flamand rose qui s’est échappé du zoo de Wichita, au Kansas, il y a 17 ans. Il avait été importé de Tanzanie avec quelques congénères, et le personnel du zoo avait décidé de ne pas leur couper les ailes parce qu’ils étaient adultes. À la place, on leur taillait un peu les plumes pour les empêcher de voler. Mais il arriva que les plumes repoussèrent plus vite que prévu, et no. 492 et 347 s’éclipsèrent dans la nature.

Depuis on a vu Pink Floyd dans l’Arkansas, en Louisiane et dans le Wisconsin. En mars il a été filmé pataugeant dans la Baie de Cox, au sud-ouest de Houston. Je serai bien en peine de vous dire comment on sait que c’est Pink Floyd, et pourquoi on n’entend jamais parler de no. 347. Je crains qu’il ne lui soit arrivé malheur. Pink Floyd a environ 27 ans, et les flamands roses peuvent vivre jusqu’à 30 ans dans la nature. On peut parler d’une immigration réussie. Il y a une incertitude sur le statut des flamands roses, que l’on pensait étrangers au continent américain. Certains pensent qu’ils sont natifs du sud de la Floride