Les Etats-Unis ont la triste particularité d’avoir leurs écoles connues pour les massacres qui y ont été commis. En 2012, c’etait Sandy Hooks, 25 morts.
Il faut ajouter une couche à l’abjection: les animateurs de radio, télévision, sites internet ou influenceurs, qui peuvent aller assez loin dans l’affabulation. En témoigne le procès cette semaine d’Alex Jones, qui anime le site Infowars. Il est poursuivi en diffamation pour avoir clamé depuis dix ans que ce massacre était une arnaque montée par la gauche libérale, que les parents des victimes étaient des acteurs, etc., afin de faire avancer la cause des opposants à la libre circulation des armes.
Alex Jones a été viré de nombreuses plateformes, mais son émission passe toujours sur des stations de radio et son site attire des millions de visiteurs. Les plus excités des gens qui l’écoutent (je doute qu’ils lisent beaucoup) sont passés à l’action en harcelant et en menaçant de mort les parents des enfants tués. C’est le cas de Neil Heslin et de Scarlett Lewis, parents de Jesse Lewis, qui ont intenté le procès. Alex Jones s’est toujours défendu en invoquant la liberté d’expression, mais a finalement reconnu que le massacre de Sandy Hooks était bien réel.
Il reste une question: quelle amende lui infliger pour compenser les dommages que ses paroles ont causés à la famille. La somme de 4.1 million de dollars a été avancée, mais le jury devra décider.
Il semble que dans les dernières semaines Jones a organisé la faillite de son entreprise, et il est soupçonné de dissimuler des millions de dollars pour échapper aux conséquences de ses prises de position.
Ce qui montre que les guerres de l’information, auxquelles ce monsieur se livre, sont moins un moyen de de défendre une Amerique menacée par la décadence qu’une histoire de gros sous. Ces influenceurs savent parfaitement sur quels boutons appuyer pour enflammer les peurs et se remplir les poches. Je ne suis même pas sûre qu’il se soucie tant que ça du droit de porter des armes. N’importe quel sujet est bon pour faire monter l’adrénaline des auditeurs et l’audience par la même occasion. Vive la liberté de parole!
Ce procès ne dépasse guère les frontières du pays. Apres tout, Alex Jones n’a tué personne. Mais c’est un signe inquiétant d’un état mental de la société en général. Combien de gens sont dupes? A quel moment pourra-t-on massacrer sans que cela fasse de vague puisqu’on ne croit que ce que l’on a envie de croire, et qu’une industrie est déjà prête à vous servir un récit approprié?
Vendredi 5 aout
Le jury lui a infligé une amende dite punitive de 49.3 millions $. On pourrait penser que ce geste fort devrait permettre de décourager les producteurs de mensonges, mais il ne faut pas se leurrer. Le poison a déjà bien pénétré les esprits.
