Un dimanche (pas) comme les autres

Aujourd’hui c’était le Superbowl, qui une fois de plus se déroulait en Arizona car franchement, en février il fait meilleur ici que dans la plupart des autre états, Les Chiefs de Kansas City ont battu les Eagles de Philadelphia.

Pendant ce temps un avion de chasse a abattu un nouvel objet volant à haute altitude au-dessus du lac Huron. Ça devient une habitude,

Ballons espions

On peut se demander pourquoi et comment quelles informations arrivent a notre connaissance. La semaine dernière un énorme ballon chinois s’est promené a très haute altitude de l’Idaho jusqu’à la Caroline du Sud où il a été abattu par les Américains. Les quelques jours de cette saga ont déclenché des critiques acerbes des Républicains envers le président qui laissait les Chinois occuper l’espace aérien national sans rien faire. L’explication selon laquelle il était dangereux de dézinguer un objet de cette taille au-dessus de régions habitées ne leur paraissait pas convaincante.

Puis on a appris que ce n’était pas la première fois qu’un engin chinois circulait ainsi. Déjà, en 2018, … Personne, en tout cas pas moi, n’en avait entendu parler, et le président n’avait pas jugé bon de le descendre. Il y a quelques chances pour que le président, quel qu’il soit, reçoive des informations du Pentagone sur la situation et sur les options envisageables ou souhaitables.

Plus surprenant, un nouvel engin a été abattu vendredi au-dessus de l’Alaska et un autre samedi au-dessus du Yukon, au Canada. D’un événement exceptionnel on est passé à quelque chose de presque banal. C’est l’armée américaine qui s’est occupée du dernier ballon, dans le cadre d’une coopération pour la défense entre le FBI et la Royal Canadian Mounted Police (J’aime bien le télescopage entre la Police Montée et l’enquête sur des satellites espions).

Une fois les ballons neutralisés, les débris vont être analysés et les personnes concernées verront bien s’il s’agit d’inoffensives stations météo dont les Chinois ont perdu le contrôle, comme ils l’affirment, ou d’autre chose plus alarmant. Je parie que les informations déjà maigres vont se faire squelettiques. Car les enjeux diplomatique et de politique intérieure sont immenses. Quelque chose est en train de se dérouler sous nos yeux mais nous ne savons pas quoi.

Et les œufs vinrent à manquer …

Le prix des œufs n’a cessé de grimper, et dans certains magasins les étagères sont dégarnies, à cause parait-il d’une flambée de la grippe aviaire. Une des conséquences de cette pénurie est l’accroissement de l’importation clandestine d’œufs du Mexique, où ils sont moitié moins chers. Les douaniers ne se préoccupent donc plus seulement des papiers des gens qui font la queue aux postes frontière, comme à El Paso/Juarez au Texas. Depuis ils ont attrapé 2000 personnes qui essayaient d’importer des œufs. Il est interdit de faire entrer dans le pays des œufs crus, des viandes, des fruits et des légumes qui peuvent contenir des maladies. Ils s’attendent à une augmentation d’importation d’avocats pour le Superbowl à Phoenix dans deux semaines. On peut les importer à condition d’enlever le noyau. Après il faut se dépêcher de faire le guacamole avant que la chair noircisse.

Le prix des œufs pénalise surtout gens dont les revenus sont faibles, et qui achètent les œufs bas de gamme. Paradoxalement il y a toujours les mêmes quantités d’œufs bio « Free Range », la seule appellation qui garantisse que les poules sont élevées dans un minimum d’espace salubre, et leur prix est assez stable. La meilleure manière de s’assurer que les poules sont en bonne santé ne serait-elle pas de renoncer à l’élevage en batterie? Un rendement moindre mais beaucoup moins de gâchis, et la satisfaction de ne pas infliger de souffrances inutiles.

Spiritualité

Il y a des choses difficiles à partager. Une amie qui avait fait un séjour dans une abbaye, qui accueille toutes sortes de gens comme maison d’hôtes, avouait ne pas trop savoir quoi faire de la spiritualité qui imprègne le lieu, se trouvant comme une poule qui a trouvé un couteau.

Comment expliquer? Lorsqu’on se plie à des rituels établis dans le cadre d’un culte, il y a d’abord une phase de familiarisation, pour ceux qui ne les ont pas pratiqués dès l’enfance. Avec le temps on y trouve, quand bien sûr on se sent en harmonie avec le sens qui les inspire, la chaleur réconfortante de ce qui est familier. Quand on appartient à une communauté le rituel partagé se double de la joie de retrouver les amis. Je trouve émouvant la convergence chaque dimanche matin de ces êtres venus d’horizons différents vers le lieu du culte, où l’on sait qu’une parole va être prononcée, des gestes effectués, qui nous placent sous un regard bienveillant hors du monde. Spiritualité implique un décalage salutaire avec le chaos de la vie quotidienne, sans parler des désordres du monde devant lesquels on se sent impuissant. Non pas qu’elle invite à s’en désengager, mais plutôt à l’aborder avec d’autres armes.

Pour finir mon petit sermon j’ajouterais que le chant est un puissant instrument pour s’absorber dans l’émotion que la spiritualité sollicite. L’autre jour en répétition de chorale j’étais à côté de Rachel, qui chante souvent en solo car elle a une voix angélique. J’ai ainsi pu écouter sa partie tout en chantant la mienne (plus ou moins). J’en aurais pleuré de bonheur. À quoi s’ajoute qu’elle ne se prend pas au sérieux, qu’elle a le sens de l’humour et montre une gentillesse à toute épreuve en toutes circonstances. Si ce n’est pas de la spiritualité, ça.

Floridino

Les gens de ce pays ont l’habitude de sortir pour manger au restaurant, et une multitude d’établissements répondent à ce besoin, du plus huppé au plus modeste. Une variété particulière s’adresse aux personnes âgées. Ma première expérience remonte à plusieurs années, quand nous avions accompagné mon beau-père chez Furr’s, qui fonctionne comme un self. L’odeur de vieille cuisine qui s’en dégageait m’avait tout de suite ôté toute envie de manger, et même en regardant du côté des desserts je n’avais rien trouvé de comestible à mes yeux. Mais les prix défiaient toute concurrence!

Plusieurs années plus tard nous nous sommes rapprochés de la catégorie qui pense au diner à partir de 17h. Nous voilà partis manger une pizza chez Floridino – plusieurs degrés au-dessus de Furr’s, quand même, pas de self et pas d’odeur décourageante – et à ma grande surprise, a 17h30 il y avait déjà une quinzaine de personnes qui attendaient d’être placées. À 18h nous avions notre table.

Alors que nous commencions notre repas, voilà qu’entre dans le restaurant deux couples qui sont membres de ma chorale. Je vais les saluer, et l’une d’elles me dit qu’ils aiment venir le lundi parce que c’est Bogo night ??? J’ai lâchement renoncé à demander ce que c’était, je trouve que je me distingue bien assez comme ça, puis Randy m’a expliqué après coup que c’est Buy one get one free. Comme des nouilles on n’en a même pas profité parce qu’on n’a commandé qu’une pizza. On le saura pour la prochaine fois. Cela explique aussi l’affluence un lundi soir.

Mais rencontrer des gens connus qui ont l’air contents de vous voir vous donne un sentiment d’appartenance. Tant pis si ce n’est pas dans un restaurant huppé.

Écouter

Les discours politiques engendrent une sorte de lassitude, qui n’est pas le moindre danger pour la santé des démocraties. En d’autres termes, quand les débats se réduisent à eux contre nous, le bien et le mal, et toutes les oppositions binaires auxquelles vous pouvez penser, une immense vague d’ennui vous bloque le cerveau et un réflexe de préservation vous incite à penser à autre chose.

Un exemple de ce gâchis est la question de la liberté d’expression, dont le chroniqueur Lexington de The Economist a fait une analyse pertinente et éclairante, et que je voudrais retracer ici.

Il part du cas d’Elon Musk et de son rachat de Twitter, de son intention affichée de rétablir la liberté d’expression sur le réseau, et des accusations que son action la limite. Vaine agitation, dit le chroniqueur, car le problème vient moins de la liberté de parole que du fait que personne n’écoute.

Bien qu’elles soient liées intrinsèquement, il y a une asymétrie entre la parole et l’écoute. La première peut être garantie par la loi, tandis que la pratique de la deuxième est instillée ou non par la culture. Quand la société se polarise à l’excès, et que la culture commune s’estompe, l’injonction à l’écoute devient rare, oserais-je dire inaudible?

Les étudiants qui refusent que leur université donne la parole à une personnalité conservatrice, au nom de la liberté d’expression, sont un exemple de l’absurdité qui en découle. Un autre est la difficulté des journaux à rendre compte des faits tout en ménageant les sensibilités de leur lectorat, et qui tentent se présenter comme les défenseurs de la liberté d’expression, plutôt que de protéger le droit des lecteurs à comprendre le monde qui les entoure, qui implique de connaitre la pensée de ceux que l’on trouve infréquentables. Il est plus confortable d’absorber les informations filtrées par son media favori que de se confronter aux idées repoussantes de ses adversaires – ce qui permet pourtant d’aiguiser ses propres arguments, d’affiner ses idées, voire de changer parfois d’avis. Et de lutter contre l’ennui.

ChapGPT

Je me risque à parler d’un domaine qui m’échappe complètement, l’IA ou l’AI en anglais. On a tous entendu parler d’intelligence artificielle, dont on se demande si elle va suppléer aux déficiences de la nôtre ou si elle va nous rendre collectivement obsolètes. Elle est déjà à l’œuvre dans nos vies, sans qu’on s’en rende compte, logiquement, puisqu’elle se nourrit de ce que les humains lui inculquent. Ce n’est pas du conspirationnisme.

Le ChapGPT est un chatbot interactif – un outil/{ro}bot auquel vous pouvez demander d’écrire à peu près n’importe quoi, y compris des dissertations. La fin des devoirs, se réjouissent / s’émeuvent certains! Son succès phénoménal s’est répandu comme une trainée de poudre (le machin aurait pu trouver l’image qui ne brille pas par son originalité). Il pose aussi la question de la place de l’écrit dans notre formation intellectuelle. Si une machine peut écrire plus vite et aussi bien que vous, pourquoi s’échiner à acquérir cet art? Il y a une dimension philosophique derrière ces questions.

Un étudiant de Princeton, Edward Tian, après s’être rendu compte de la puissance de cet outil, a décidé de créer une application qui permet de savoir si un texte a été écrit par un robot ou par un être humain. Elle s’appelle GPTZero. Devant le succès qu’elle a rencontré, il pense déjà à améliorer le modèle. Pas de souci pour son insertion professionnelle.

Merveilleux castors

Les recherches les plus récentes sur le continent américain tendent à montrer que les êtres humains ont modelé et modifié leur environnement de façon bien plus importante que l’on n’imaginait jusqu’à présent. Un autre candidat à l’impact environnemental est le castor, qui après avoir été quasiment éradiqué par les Européens est en train de faire son retour.

Le commerce de sa peau a permis l’établissement de fortunes et des premières corporations, grâce à la densité et à l’imperméabilité de sa fourrure très prisée en Europe, où les castors avaient disparu dès le XVIIe siècle.

Les chasseurs de bisons des grandes plaines avaient déjà compris que l’activité des castors était essentielle pour maintenir les ressources hydriques, quand ils construisent barrages et canaux qui retiennent et répartissent l’eau nécessaire à la pousse de l’herbe qui nourrit les herbivores grands et petits.

Les réintroductions ont commencé au début du XXe siècle, sur la côte est, avec la restauration des forêts, d’abord comme gibier pour les chasseurs, puis on s’est rendu compte que leurs ouvrages facilitait grandement les efforts pour restaurer les cours d’eau. Ils contribuent à former des « wetlands » – marécages?- qui absorbent de grandes quantités d’eau et la filtrent en même temps. C’est ce qui se passe dans la Chesapeake Bay où les bassins des castors assainissent l’eau retenue pour un coût modique en comparaison de celui d’un ouvrage fait de main d’homme.

Générosité

MacKenzie Scott fait parler d’elle, en allant à contre-courant de ce que la plupart des gens feraient à sa place.

Elle donne, sans compter et sans contrepartie. A ce jour 14 milliards de dollars distribués à 1600 associations à but non lucratif.

Cela fait jaser.

Ce qui la rend intéressante, c’est que son nom n’est pas très connu. À la ville elle est philanthrope et romancière. Elle doit sa fortune et sa relative célébrité à son ex-mari dont elle est divorcée depuis 2019, Jeff Bezos. Avec 26 milliards de dollars et 4% d’Amazon à sa disposition, sa générosité est à mettre en perspective, mais il n’empêche. Bien qu’elle ne donne pas beaucoup d’interviews, elle a fait savoir qu’elle allait continuer à vider les caisses.

Dans le monde de la philanthropie des voix ont déclaré qu’il fallait qu’elle publie la liste des associations qu’elle finance ainsi que les montants, au nom de la transparence, car cet argent représente un pouvoir considerable. Elle l’a fait en décembre, ainsi que pris des dispositions pour que le processus soit un peu formalisé.

Mais elle ne conditionne pas son aide à un retour d’informations sur la façon dont elle a été utilisée. Du coup les associations ont moins besoin de consacrer du temps et des ressources à des taches bureaucratiques. Son modèle est basé sur la confiance et sur l’incitation à faire volontairement le meilleur travail possible. Elle n’est vraiment pas dans l’air du temps, et elle a l’air de s’en moquer éperdument.

Actualités

Les temps sont durs à l’ecole. Deux faits divers, ces derniers jours, sans aucun lien, viennent nous le rappeler.

En Virginie, une institutrice a reçu une balle tirée par un gamin de six ans! Les informations rendues publiques sont minces, mais il semble que ce n’était pas un accident. L’enfant a apporté l’arme à l’ecole et avait un conflit avec l’enseignante. Il n’a pas dû bien viser car elle est à l’hopital.

Dans le New Jersey, un enseignant de college a fait une overdose en classe. Il a reçu du naloxone, qui permet de contrer les effets de l’overdose. Mais il va devoir répondre de sa possession de drogues, surtout en présence d’enfants dont il avait la responsabilité.

On n’est pas sûr qu’il s’agissait de fentanyl, la drogue de synthèse dont les cartels inondent les Etats-Unis, et qui est utilisée sans relâche dans les discours politiques pour accuser l’administration Biden d’inaction coupable sur l’immigration clandestine. Des dizaines de milliers de migrants se présentent aux frontières et les services d’immigration et de police sont débordés. Aujourd’hui le president s’est rendu à El Paso au Texas pour montrer, après deux ans au pouvoir, qu’il s’en préoccupait. Encore un beau sac de nœuds, car les discours mêlent l’afflux de réfugiés de toute sorte aux trafics de drogue, alors que ce sont des problématiques différentes, qui se recoupent parfois mais qui ne se résoudront pas d’un coup de baguette magique.