Langley parlera peut-être à ceux qui lisent des livres d’espionnage. Centre de recherche de la NASA, c’est un lieu ultra-sécurisé situé à Hampton, en Virginie, dont l’histoire ne recèle pas que des avancées dans l’aéronautique.
Un livre, et un film qui va sortir en janvier, racontent comment, en pleine guerre mondiale et quand la ségrégation battait son plein, un grand nombre de gens sont venus habiter aux alentours, attirés par les emplois que l’économie de guerre avait créés, de bons emplois stables. Il y avait beaucoup de noirs, et des femmes (peut-être devrais-je dire Afro-américaines) aussi, et c’est là que ça devient intéressant. Certaines d’entre elles ne venaient pas pour faire des tâches subalternes. C’étaient des mathématiciennes, des « pointures », tellement efficaces qu’elles étaient qualifiées de « human computers ». Ce qui ne les empêchait pas d’être cantonnées dans une zone de bureau réservée au gens de couleur, ainsi qu’aux toilettes correspondantes.
L’astronaute John Glenn, le premier Américain à être parti en orbite autour de la terre – à cette époque les Américains avaient été vexés que les Soviétiques l’aient fait en premier, et mettaient les bouchées double dans la course à la conquête de l’espace – insistait pour que « the girl » (en l’occurence Katherine Johnson, une de ces ordinateurs humain qui inspire le respect) vérifie tous les calculs effectués par l’ordinateur, par mesure de sécurité.
Les calculs étaient dévolus aux femmes, tandis que les hommes étaient ingénieurs, les unes étant subordonnées aux autres, même si de leur travail dépendait le succès de la mission.
Encore un exemple qui montre à quel point l’idée que la race et le genre peuvent donner la moindre idée de la valeur et des capacités des gens conduit à des absurdités, voire au ridicule.
Beaucoup de gens connaissaient cette histoire, mais jusqu’à présent personne n’avait pensé à la porter à la connaissance du grand public, car ces femmes, en plus d’être super intelligentes, étaient d’une absolue modestie. « Just doing my job, » dit Katherine Johnson.