Lacuna

Simultanément deux affaires posent des questions semblables. L’une concerne le pilote qui s’est jeté sur un bâtiment des impôts, Andrew Joseph Stack III. Son copain avec qui il jouait de la contrebasse, le chanteur compositeur Billi Elli ne se souvient pas de la moindre amertume ni animosité chez lui. Sa famille reconnaît qu’il supportait mal les tracasseries de l’administration fiscale, mais de là à attaquer un bâtiment en se suicidant, il y a un pas énorme. Et le manifeste contre les impôts paru sur le web ne lui est pas attribué de façon formelle. Il semble tout de même qu’il ait un peu perdu les pédales car la nuit précédent l’événement sa femme avait passé la nuit à l’hôtel, et il est parti en laissant sa maison en flammes.

L’autre cas est celui de Bruce Ivins qui s’est suicidé en août 2008, alors qu’il était soupçonné d’avoir envoyé des lettres contaminées à la maladie du charbon après les attentats du 11 septembre. L’enquête du FBI est officiellement terminée et conclut à sa culpabilité, tandis que sa famille continue à le croire innocent. Faute de preuve formelle, la conclusion est plutôt tirée de  la conjonction de plusieurs présomptions, des preuves indirectes qui devront suffire maintenant qu’il est mort et qu’il n’y aura pas de procès.

C’est un peu le thème du dernier livre de Barbara Kingsolver, The Lacuna, qui raconte l’histoire d’un jeune homme devenu écrivain associé à l’histoire du Mexique et des Etats-Unis des années1930 – 50. Les figures de Frida Kahlo, Trotski, et le maccarthysme sont un peu trop appuyées à mon goût, mais le livre est construit autour des différents sens du mot « lacuna », qui évoque le manque, un vide, un passage aussi, qui transforme totalement le sens apparent de l’histoire. Ce motif  est ponctué d’un proverbe, « Dieu parle pour l’homme silencieux », et de l’idée que la part la plus importante d’un individu est un manque qu’on ne connaît jamais.

Un commentaire sur « Lacuna »

  1. On dit que la nature a horreur du vide. Cette « lacuna » en serait donc un exemple. Agnostique, j’oserai modifier la si belle phrase citée . « Le destin parle pour l’homme silencieux » ou l’infâmant « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ».
    Autant alors que se manifeste un destin individuel, avec ou non un pilote dans l’avion.

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